La filière canne-sucre-rhum de La Réunion monte au créneau face à la possible réintégration, dans le projet de loi de finances 2026, d’un amendement instaurant une surtaxe ciblée sur le rhum produit localement. Écartée début janvier en commission des finances de l’Assemblée nationale, cette mesure pourrait faire son retour, suscitant une vive inquiétude parmi les professionnels du secteur.

Dans un communiqué diffusé ce jeudi 22 janvier, les représentants de la filière dénoncent un dispositif fiscal jugé « incohérent » et « profondément injuste », qui menacerait directement un pilier de l’économie réunionnaise et près de 15 000 emplois, de la culture de la canne jusqu’à la transformation et à la commercialisation du rhum.

Selon la filière, la surtaxe envisagée atteindrait plus de 1 700 euros par hectolitre d’alcool pur. Une telle hausse se traduirait concrètement par une augmentation d’environ 8 euros par bouteille de rhum produit à La Réunion, rendant ce produit plus cher sur son propre territoire que dans l’Hexagone. Une situation jugée aberrante par les professionnels, d’autant plus que, dans le même temps, les alcools forts importés seraient largement épargnés par cette mesure.

Les acteurs de la filière estiment également que cette surtaxe ne répond en rien aux enjeux de santé publique liés à l’alcoolisme. « Elle pénalise la production locale sans réduire la consommation globale d’alcool », soulignent-ils, pointant le risque de favoriser les produits importés au détriment du rhum traditionnel réunionnais.

Autre point de crispation majeur : l’absence de concertation en amont. La filière affirme que cet amendement a été élaboré sans consultation des acteurs concernés. L’appel récent à la discussion, formulé après coup par les porteurs du texte, est jugé « biaisé », la décision étant selon eux déjà actée.

Dans un contexte économique déjà fragilisé par la hausse des coûts de production, les tensions commerciales internationales et les accords européens défavorables à certaines productions agricoles, la filière alerte sur un risque réel de cessation d’activité pour plusieurs entreprises du secteur. Le Département de La Réunion espérerait tirer de cette mesure environ 30 millions d’euros de recettes fiscales, un objectif que les professionnels estiment irréaliste au regard des conséquences économiques potentielles.

Face à cette situation, la filière canne-sucre-rhum appelle solennellement au retrait immédiat de l’article concerné du projet de loi de finances 2026, à l’ouverture d’une véritable concertation avec l’ensemble des acteurs et des élus locaux, et à la mise en place de mesures visant à protéger la production locale et les emplois qui en dépendent.

Un message clair adressé à l’État, à l’heure où la filière, déjà fragilisée, redoute un nouveau choc fiscal aux conséquences durables pour l’économie réunionnaise.