À La Réunion, de plus en plus de familles choisissent l’instruction en famille (IEF). Un choix souvent mal compris, parfois jugé, mais qui repose avant tout sur une volonté commune : respecter le rythme des enfants et leur permettre de s’épanouir.

Margot est maman de deux enfants, huit et cinq ans. Aucun des deux n’a jamais été scolarisé dans une école classique.

Très tôt, l’instruction en famille s’est imposée comme une évidence, en cohérence avec les valeurs familiales. Margot s’inspire notamment de l’unschooling, une approche basée sur les apprentissages libres.

« La plupart des apprentissages se font dans la vie quotidienne : à travers les livres, les jeux, les rencontres, les ateliers. L’enfant apprend naturellement, dans un environnement qui a du sens pour lui. »

Comment apprend-on sans école ?

Contrairement aux idées reçues, les enfants instruits en famille apprennent à lire, écrire et compter. Simplement, la forme change.

Il n’y a pas de journée type. Les rythmes des enfants sont respectés. Certains jours sont consacrés à des temps d’apprentissage plus structurés, d’autres à des sorties, des ateliers, des rencontres.

Musique, sport, nature, spectacles, musées, découverte des métiers, échanges culturels… l’apprentissage se fait partout.

Les plus jeunes participent aussi, à leur manière.

« Ma petite se pose avec nous, elle fait des carnets d’activités, observe, expérimente. »

Un cadre légal de plus en plus strict

Chaque année, les familles sont contrôlées par l’Éducation nationale. Les enfants sont évalués par des conseillers pédagogiques, pendant que les parents échangent avec l’inspecteur.

« Ce qui est surtout observé, c’est la progression. Mais les attentes varient beaucoup selon les inspecteurs. On n’est pas tous logés à la même enseigne. »

Depuis la réforme de 2021, l’instruction en famille n’est plus simplement déclarative. Les parents doivent désormais obtenir une autorisation, en justifiant leur choix selon quatre motifs définis par la loi.

Quand l’école ne convient pas à l’enfant

Marion est maman de deux petites filles. Sa fille aînée a d’abord été scolarisée en petite section.

« Malgré un dispositif passerelle et beaucoup d’efforts de notre part, son rythme physiologique n’était pas respecté. Elle pleurait, refusait d’aller à l’école. »

Face à la souffrance de leur enfant, les parents cherchent une alternative.

Certains enfants présentent aussi des profils particuliers, comme le haut potentiel intellectuel (HPI), rendant le cadre scolaire classique parfois inadapté.

Des enfants loin d’être isolés

Contrairement aux clichés, les enfants instruits en famille ne vivent pas en vase clos.

 

À La Réunion, les familles se retrouvent régulièrement grâce à des groupes comme IEF 974 API, qui rassemblent des centaines de parents.

Sorties nature, ateliers, jeux libres, activités culturelles… les occasions de socialisation sont nombreuses.

Les enfants témoignent eux-mêmes : ils lisent, écrivent, comptent, jouent dehors, voient des copains.

Certains dévorent déjà des romans, d’autres apprennent progressivement, sans pression.

Un choix avant tout guidé par le bien-être

Pour ces familles, l’instruction en famille n’est ni un rejet de l’école, ni un acte militant.

C’est un choix éducatif, profondément humain, guidé par une priorité : permettre aux enfants de grandir dans un environnement respectueux de leurs besoins.

« On ne cherche pas à faire mieux que l’école. On cherche à faire autrement. Et surtout, à faire ce qui convient à nos enfants. »

À La Réunion, l’instruction en famille reste un choix minoritaire, mais il interroge de plus en plus.

Ces parents ne revendiquent pas un modèle unique, ni une vérité absolue. Ils racontent simplement une autre manière de faire grandir leurs enfants, loin des cases toutes faites, en s’adaptant à leurs besoins, à leur rythme, à leur personnalité.

Dans un contexte où l’école est souvent présentée comme la seule voie possible, ces familles rappellent une chose essentielle : apprendre ne se limite pas à une salle de classe.

Et derrière chaque dossier IEF, chaque contrôle, chaque débat, il y a avant tout des enfants… et des parents qui cherchent, comme tous les autres, à faire au mieux.