C’est un tournant majeur pour l’industrie réunionnaise. Selon des informations de nos confrères « Le Quotidien de la Réunion », « Zinfos 974 » et la presse mauricienne, The Coca-Cola Company, géant mondial des boissons rafraîchissantes, a décidé de ne pas renouveler le contrat d’embouteillage qui le liait aux Brasseries de Bourbon, clôturant ainsi une collaboration qui durait près de sept décennies. Cette annonce, faite officiellement en juin 2025, est désormais entrée dans sa phase sociale : un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) vient d’être présenté aux salariés de l’entreprise réunionnaise, marquant ainsi le début de discussions cruciales avec les représentants du personnel. 

Il faut savoir que depuis les années 1950, les Brasseries de Bourbon, filiale du groupe Heineken, avaient en charge la mise en bouteille et la distribution locale de Coca-Cola, Fanta, Sprite ou Minute Maid à La Réunion. Cette production représentait une part importante de l’activité industrielle de l’île. Mais la multinationale américaine a tranché : à partir de 2026, la fabrication et la commercialisation des boissons sous la marque seront confiées à Edena Boissons, une filiale réunionnaise du groupe mauricien Phoenix Beverages Limited (PBL), lui-même intégré au groupe IBL. 

Aux yeux de Coca-Cola, ce changement s’inscrit dans une logique stratégique de rationalisation et de centralisation des opérations dans la zone de l’océan Indien. Edena, déjà « embouteilleur » officiel pour l’île Maurice, renforcera progressivement ses capacités de production et de distribution pour répondre aux standards exigés par le géant américain. 

Un plan social au cœur des discussions et des pertes d’emplois évoquées

Si la transition industrielle est prévue de manière progressive – avec une continuité des activités Coca-Cola chez Brasseries de Bourbon jusqu’à la fin septembre 2026, date de fin de contrat – les conséquences humaines sont au centre des préoccupations. Ce mardi, la direction des Brasseries de Bourbon a présenté un projet de PSE à l’ensemble des collaborateurs, ouvrant des négociations formelles avec le Comité social et économique (CSE) et les organisations syndicales. Ces discussions doivent se poursuivre jusqu’à fin avril 2026. 

Pour l’entreprise réunionnaise, l’enjeu est de taille : la perte de la franchise Coca-Cola représente une part significative du volume de production et des recettes de l’usine. La direction assure cependant qu’elle souhaite limiter « au maximum » les impacts pour les salariés dont le poste serait supprimé, en privilégiant le dialogue social et en explorant des solutions de reclassement interne ou externe. 

Cette réorganisation ne passe pas inaperçue dans le paysage économique de l’île. La collectivité régionale a d’ailleurs exprimé ses inquiétudes après l’annonce, appelant à la préservation de l’emploi local et à la protection de la valeur ajoutée produite sur place. La production de Coca-Cola représentait près de 50 % du volume d’activité des Brasseries de Bourbon avant cette décision, selon des acteurs régionaux. 

Les salariés, pour leur part, vivent cette période comme une profonde rupture après des décennies de collaboration avec la marque emblématique. Si la mise en place du PSE est vécue comme une étape nécessaire, elle ouvre aussi une période d’incertitude, tant sur le plan professionnel que personnel.

Derrière les craintes, certains observateurs voient cependant une opportunité de réorientation industrielle. La fin du contrat pourrait permettre aux Brasseries de Bourbon de repenser une partie de leur portefeuille de produits, ou d’investir davantage dans leurs autres lignes de boissons gazeuses et de bières. Dans le même temps, Edena Boissons, qui se dotera d’une nouvelle ligne d’embouteillage, pourrait dynamiser l’emploi et l’activité autour de ses nouvelles missions, sous réserve d’accords positifs avec les autorités et partenaires locaux.