Le Thaïpoosam Cavadee (ouTaï Poussam Cavadee, ou encore Taï Poûsam Kâvadi) appelé également, plus couramment, « la fête 10 jours », marque un temps dans le calendrier des festivités religieuses pour la communauté tamoule. A la Réunion, les cérémonies dédiées au Dieu Mourouga se dérouleront notamment aux temples de Petit-Bazar à Saint-André et à Saint-Louis. La cérémonie de purification de la cour du temple a eu lieu ce jeudi 22 janvier. La première fête commence dès ce vendredi 23 janvier. La grande procession se déroulera le 1er février. Ce jour-là, des centaines de pénitents porteront le Cavadee en l’honneur du Dieu Mourouga. Ils seront accompagnés de milliers de fidèles.

Guillaume Banoubie, président de l’Association Siva Soupramanien du Petit-Bazar à Saint-André (complètement à droite sur la photo d’archives janvier 2004/Y.M)

Au temple de Petit-Bazar, géré par l’Association Siva Soupramanien, elle-même présidée par Guillaume Banoubie, tout est fin prêt pour que tout se déroule dans les meilleurs conditions possibles. L’équipe organisatrice a passé toutes les consignes.

Que signifie le Taï Poussam et pourquoi porte-t-on le Cavadee ?

Sur les réseaux sociaux, les sites spécialisés expliquent la signification de cette grande fête religieuse hindoue qui se pratique dans les temples dédiés au Dieu Shiva.

 

1er jour : cette journée marque l’entrée du sage Narada au royaume de Shiva : le shivalogam. Narada arrive en priant Shiva et lui présente le fruit de la connaissance ( le Gnana Pazham ) Il devra le remettre à l’un de ses fils : Ganesh ou Muruga.

2e jour : en cette journée, Shiva doit remettre à Ganesh ou Muruga le gnana pazham (le fruit de la connaissance remis par Narada la veille). Afin de les départager, il leur demande de faire trois fois le tour du monde. Muruga part sur son paon alors que Ganesh décide de rester auprès de ses parents. Ce dernier ne peut parcourir le monde entier. Une nuit entière, il réfléchit à la façon de gagner ce challenge, alors que son frère Muruga est en train de faire le tour du monde.

3e jour : alors que Muruga est en train de faire le tour du monde, Ganesh à réfléchi toute la nuit à un moyen de gagner le défi. Finalement, au matin du troisième jour, il demanda à Shiva et Parvati, ses parents, de se mettre debout. Il fit trois fois le tour de ses parents et tomba à leurs pieds en leur disant « voilà, j’ai fait trois fois le tour du monde, car le monde est en vous, et pour moi vous êtes le monde ». Alors Shiva remit à Ganesh le fruit de la connaissance. C’est ainsi que dans la religion hindouiste, la bénédiction des parents est extrêmement importante. Plus tard, lorsque Muruga revint de son périple, il trouva son frère avec le fruit de la connaissance dans sa main. Fou de rage, il quitta la demeure de ses parents en disant. « Je pars vers le sud, mon peuple me suivra et je résiderai sur le Mont Pazhanee ». C’est au soir du troisième jour que Muruga quitte le royaume de ses parents. Selon les paroles rapportées, il est dit que « ni les larmes de Parvati, ni les excuses de Shiva, ne permirent de garder Muruga auprès des siens ». Ce jour est appelé « Mam pazham thiruvizha ».

4e jour : en ce jour, Muruga à rejoint sa montagne : le pajani maleï (Mont Pajani) Il a abandonné tous ses vêtements, en s’habillant comme un mendiant et en portant un bâton à la main à la place de son vel. Il est alors appelé dandapani ou pajani andavar. A cet instant, trois personnages viennent à sa rencontre : tout d’abord, Parvati, qui supplie son fils de rentrer dans leur royaume. Mais Muruga refuse, car il en veut toujours à son père de ne pas lui avoir donner le fruit de la connaissance. Ensuite, une femme arrive, il s’agit de Avvayar. C’est une sainte, grande dévote de Shiva et de Muruga, elle a dédié sa vie à chanter les louanges de Muruga. Lorsqu’elle voit Muruga comme un ermite sur cette montagne, elle chante pour lui et lui demande de retourner vers sa demeure. Muruga refuse encore une fois de rentrer. Puis c’est Ganesh qui vient à la rencontre de Muruga en lui proposant de prendre le fruit de la discorde et de rentrer. Muruga refuse une troisième fois. A cet instant, tous les dieux et saints sont tourmentés. Il faut vite trouver une solution pour ramener Muruga au Shivalogam. Toute la nuit, tous vont prier Shiva de trouver une solution.

5e jour : en ce 5ème jour, Shiva répond aux prières des dévas. Après qu’on lui a demandé de trouver une solution pour ramener Muruga chez lui, Shiva décide de convoquer son plus grand disciple : Idumban. Idumban est un homme qui obtient des pouvoirs divins grâce à une grande dévotion à Shiva. Ce dernier demande à Idumban de partir vers le sud et de lui rapporter deux collines qui se trouvent près du mont Pajani. Idumban, doté d’une force exceptionnelle, accepte et part donc à la recherche de ces deux collines. Muruga quant a lui, toujours sur sa montagne, livre au matin du 5ème jour une parole sacrée. Il révèle à ses disciples que s’il est parti de chez lui, c’est par colère, mais également pour nous montrer la voie d’une vie vertueuse. En se débarrassant de tout ce qui lui est superflu et en devenant un mendiant, il nous montre que ce n’est qu’en nous détachant du monde physique et matériel que nous pouvons être libérés de l’illusion du monde (samsara / maya) et atteindre la félicité.

6e jour : Idumban arrive au bord du lac Saravana et trouve les deux collines que Shiva lui a demandé de ramener dans son royaume. Grâce à sa force hors du commun, il soulève les deux collines et les attachent à un morceau de bois (le cavadee ou palanche en français), afin de pouvoir les porter sur ses épaules. Idumban parcourt une partie du chemin du retour. Sur la route, il s’arrête auprès d’un lac pour se reposer et y passer la nuit. Lors de son sommeil, il est réveillé trois fois par un enfant venu l’embêter. Par trois fois, Idumban le pousse à coup de pierre afin de pouvoir continuer à dormir sans se rendre compte que cet enfant n’est autre que Muruga.

7e jour : Idumban qui signifie « l’orgueilleux » est toujours en chemin pour rapporter les 2 collines du Pajani Maleï à Shiva. Après avoir passé la nuit pour se reposer, Idumban décide de reprendre la route. Mais il se dit qu’il a encore le temps pour cela. Idumban passera donc la journée et la nuit du 7ème jour à se reposer. Pendant ce temps, Muruga qui avait taquiné Idumban la veille réfléchit à un moyen de le faire défaillir de sa tâche. Muruga sait bien qu’Idumban est un dévot de son père, et irrité par les coups de pierre qu’il a reçus, il va se faire un malin plaisir à rendre la tâche plus difficile.

8e jour : ce 8ème jour est l’un des plus riches d’un point de vue factuel. Idumban, qui a donc soulevé les deux collines pour les ramener à Shiva s’est endormi au bord du lac Saravana et se lève pour reprendre sa route. Après s’être lavé dans l’eau du lac, il se prépare à soulever à nouveau les collines … Pendant qu’il se préparait, Muruga, qui lui était apparu la veille comme un enfant voulut se venger d’avoir reçu des coups de pierre. Muruga se plaça alors sur l’une des deux collines pour empêcher Idumban de les soulever. Et effectivement, malgré sa force démesurée, Idumban ne parvient plus à soulever les collines … La nuit du 8ème jour du carême est appelé « La nuit de l’orgueil » Idumban signifiant  » l’orgueilleux ». Parce qu’il a reçu de Shiva toutes les grâces et des pouvoirs démesurés, Idumban se considérait comme invincible. Muruga le savait et voulait le punir de son orgueil. Alors en se plaçant sur une des deux collines, il empêcha ainsi Idumban de remplir sa mission. Idumban en voyant Muruga sur la colline ne le reconnut pas et décida de se battre avec lui.

Durant la bataille, Muruga dit à Idumban : « Abandonne, tu ne peux rien contre moi, parce que tout ce que tu as obtenu , tu l’as eu de mon père, ton orgueil te perdra.  » A ces mots Idumban répondit : « Je ne suis pas le plus orgueilleux de nous deux. Tu l’es plus que moi, car ce n’est que par orgueil que tu es parti de chez toi en abandonnant le royaume de ton père « . Ayant entendu ces paroles, Muruga, pour punir Idumban, lui transperce la langue de son Vel (sa lance sacrée) et tue Idumban en lui enfonçant son vel dans le cœur.

9e jour : Muruga ayant tué Idumban, tous les dieux apparaissent, Shiva en tête. Shiva apprend à Muruga son erreur d’avoir tué Idumban, alors que celui-ci ne faisait qu’accomplir son devoir. Muruga est effondré et se rend compte qu’en venant à notre rencontre, il a recueilli le fardeau que porte l’Homme sur Terre : l’orgueil. Muruga réussit à se remettre en question. Devant les prières de tous, Muruga redonne la vie à Idumban, mettant de côté son ego. C’est ainsi le sens du Cavadee : nous suivons un jeûne végétalien strict pendant dix jours durant lesquels nous mettons de côté nos excès de la vie quotidienne et nous nous concentrons sur l’essence même de la vie. Parce que notre passage sur Terre est temporaire, nous devons combattre notre orgueil qui est souvent un obstacle pour progresser. Comme Muruga a su se remettre en question, lorsque nous prions pour lui : il nous libère de toutes nos émotions et nous rend la légèreté pour affronter les épreuves.

10e jour : ce 10ème jour marque le dénouement du périple de Muruga sur le Pajani Maleï. Pour se faire pardonner, Muruga accepte d’être porté par Idumban sur la colline jusqu’au royaume de son père. Ainsi, Idumban accroche à nouveau les deux collines à un bâton et les porte sur ses épaules avec Muruga dessus et rejoignent le Shivalogam. Ceci eut lieu le jour du Cavadee. Muruga tient alors une parole sacrée « Tous ceux qui le porteront jusqu’à chez lui, auront sa bénédiction et seront libérés des obstacles de la vie »

« Le Taï Poûssam Kâvadi n’est pas une simple succession de rites visibles »

Comme l’explique Sinévassin Benoît Cadéby sur le site « Le Gôpouram » (Transmission des traditions, des récits et des gestes), « il est un temps sacré structuré, où chaque geste, chaque symbole et chaque épreuve possède une signification précise. Pour le fidèle engagé comme pour celui qui accompagne, comprendre ces éléments permet de vivre la célébration avec justesse, au-delà de ce qui frappe le regard. Sinévassin Benoit Cadéby (photo ci-dessous) se définit comme « un cadre associatif bénévole, formé, passionné, dévoué et engagé ».

À La Réunion, cette fête dédiée à Mourougan s’inscrit dans une tradition religieuse vivante, héritée de l’histoire de l’engagisme indien et continuellement transmise au sein des familles et des temples.

PRÉPARER LE LIEU : VASTOU SHANTI

Le Vastou Shanti ouvre le temps rituel.Ce rite de purification vise à harmoniser l’espace où se dérouleront les cérémonies. Le temple, ses abords et les lieux de préparation sont rendus propices à la présence divine. Avant toute épreuve ou offrande, la tradition rappelle que l’ordre, la paix et l’équilibre doivent être rétablis, car aucun rite ne peut s’accomplir dans le désordre.

OUVRIR LE TEMPS SACRÉ : KODI ETTRAM

Le Kodi Ettram, l’élévation du drapeau, marque officiellement l’entrée dans le temps du Taï Poûssam Kâvadi. À partir de cet instant, le temple devient le centre d’un temps intensifié, régi par la discipline, la retenue et la prière. Le drapeau visible de tous indique que le chemin rituel est engagé. Il ne s’agit pas encore de l’épreuve finale, mais du commencement du vœu.

LIER LE CORPS AU VŒU : KANGANAM

Le Kanganam, fil sacré noué au poignet, engage personnellement le fidèle. Ce lien symbolique rappelle que le vœu ne reste pas une intention intérieure : il est porté par le corps, jour après jour. Tant que le kanganam est conservé, le fidèle demeure dans un état de discipline rituelle, rappelant à chaque instant l’engagement pris devant la divinité.

PURIFIER ET CONSACRER : ABHISHEGAM

L’Abhishegam est le bain rituel offert à la divinité. Eau, lait ou autres substances sacrées sont versées sur l’image divine pour signifier la purification, le renouveau et la fraîcheur spirituelle. Ce geste exprime une relation directe et humble entre le fidèle et Mourougan. Offrir ainsi, c’est se déposer symboliquement, sans retenue ni calcul.

INVOQUER ET TRANSFORMER : YÂGAM

Le Yâgam est un rite de feu et d’invocation. Les offrandes sont confiées au feu sacré, qui transforme et purifie. Le feu du yâgam n’est pas destructeur : il est agent de passage, rappelant que le Taï Poûssam Kâvadi est un temps de transformation intérieure.

MOUROUGAN ET SES SYMBOLES : LE VÊL, LE MAYIL ET LE COQ

Le Vêl, la lance sacrée de Mourougan, est le symbole central de cette célébration. Il représente la victoire sur l’ignorance, les obstacles et les forces du désordre. Mourougan est également associé au mayil, le paon, qui incarne la beauté maîtrisée, la vigilance et la souveraineté spirituelle, ainsi qu’au coq, emblème de l’éveil, du courage et de l’annonce du jour nouveau. Ces symboles rappellent que la victoire spirituelle n’est pas brutale, mais guidée, consciente et éclairée.

PORTER LE FARDEAU : KÂVADI ET ENGAGEMENTS CORPORELS

Le Kâvadi signifie littéralement « fardeau ». Il désigne la charge sacrée que le fidèle accepte de porter dans le cadre de son vœu : kâvadi décoré, paal koudam (pot de lait) ou autre offrande. Pour certains fidèles, cet engagement s’exprime aussi par des gestes corporels de retenue et de dépassement, accomplis sous contrôle rituel et dans un profond esprit de recueillement :

– le corps ou la langue peuvent être transpercés par de fines aiguilles d’argent,

– certains se baillonnent la bouche,

– d’autres marchent sur des supports garnis de clous lors de la procession finale.

Ces pratiques ne relèvent ni de la démonstration ni de la souffrance recherchée. Elles traduisent une maîtrise du corps par la foi, et une confiance totale placée en Mourougan.

MARCHER, DANSER, AVANCER : LA LONGUE MARCHE DES YOGA-BAKTAN

Durant les jours de préparation et lors des longues marches, certains yoga-baktan avancent en dansant avec leur kâvadi. Cette danse n’est pas festive au sens profane : elle est une offrande en mouvement, une manière d’habiter le vœu avec le corps tout entier. La marche devient alors prière, rythme et endurance, soutenue par la communauté et par la foi.

NOURRIR ET PARTAGER : LES REPAS OFFERTS

Pendant les dix jours du Taï Poûssam Kâvadi, des repas sont servis à l’assistance. Cette pratique rappelle que la fête n’est pas seulement faite d’épreuves, mais aussi de partage et de générosité. Nourrir ceux qui accompagnent, c’est prolonger le rite dans l’hospitalité et le service, valeurs fondamentales de la tradition.

Crédit Photos : Yves Mont-Rouge)

LA PROCESSION : UNE MARCHE DE FOI COLLECTIVE

Le jour de la pleine lune, Paournami, la procession marque l’aboutissement du vœu. Les fidèles avancent ensemble vers le temple, encadrés par la communauté, dans un profond respect des règles rituelles. Si l’engagement est personnel, la foi se vit collectivement. La procession rappelle que nul ne traverse l’épreuve seul.

UN PATRIMOINE VIVANT

À La Réunion, le Taï Poûssam Kâvadi est bien plus qu’une célébration religieuse. Il constitue un patrimoine vivant, reliant histoire, foi, communauté et transmission. Comprendre les rites, c’est leur permettre de rester vivants. Les vivre avec justesse, c’est assurer leur continuité ».