On connaissait les programmes courts, les web-séries ambitieuses et les directs musclés sur l’actualité. On découvre désormais le temps long, celui de la justice, qui possède ce petit défaut de ne pas avoir de bouton « avance rapide » ni de coupure publicitaire pour détourner l’attention. La Cour de cassation vient de mettre un point final à un feuilleton judiciaire qui durait depuis trop longtemps : la condamnation de Jean-Marc Morandini pour corruption de mineurs est désormais définitive.

L’histoire aurait pu être un simple fait divers si elle ne dessinait pas, en creux, le portrait d’une époque où certains pensaient que l’écran de télévision servait de bouclier thermique contre le Code pénal. Entre 2009 et 2016, l’animateur s’adonnait à des castings pour des projets fantômes, demandant à des adolescents de se dénuder sous prétexte de vérifier leur jeu d’acteur. Un concept de « méthode Actor’s Studio » revu et corrigé par un producteur qui semble avoir confondu son carnet d’adresses avec un catalogue de chair fraîche.

L’ironie de l’affaire réside dans la ligne de défense adoptée lors des premiers procès. Face aux messages explicites envoyés à des mineurs, l’animateur avait invoqué l’humour et le jeu virtuel. C’est là une nuance sémantique savoureuse : quand un quidam envoie des propositions sexuelles à un enfant de 15 ans, c’est un délit ; quand c’est une star de l’info, c’est apparemment une tentative de stand-up qui a mal tourné. On imagine d’ici la scène : « C’était une blague, Monsieur le juge, vous n’avez donc aucun sens du second degré ? » Malheureusement pour lui, la cour d’appel, puis la Cour de cassation, ont montré qu’elles préféraient le droit aux calembours douteux.

La sanction est pourtant bien réelle et nettement moins drôle que les « Mdr » et « Lol » qui ponctuaient ses échanges privés. Deux ans de prison avec sursis, 20 000 euros d’amende et, surtout, une interdiction définitive d’exercer une profession en contact avec des mineurs. Une décision qui sonne comme un générique de fin pour celui qui aimait tant diriger les carrières des plus jeunes.

Au-delà de la chute d’un homme de médias, cette affaire interroge sur la complaisance des structures qui l’entourent. Comment un homme condamné pour de tels faits peut-il continuer à tenir le crachoir quotidiennement sur une chaîne d’information nationale ? C’est peut-être là que réside le véritable humour noir de cette histoire : dans cette capacité du milieu audiovisuel à faire comme si de rien n’était, tant que l’audimat ne s’offusque pas trop bruyamment.

La justice a rendu son verdict, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles compte un nouvel abonné célèbre, et le rideau tombe. On attend désormais de voir si le monde de la télévision saura tirer les leçons de ce casting raté ou s’il continuera de confondre l’influence avec l’immunité.

Source : Brut