À la suite de la parution de cet article, la mairie de Saint-Denis a pris contact avec notre rédaction pour nous transmettre un compte rendu détaillé d’une visite de terrain menée par les équipes de la MFIS.

Ce document précise que les personnes vivant sous le pont de la rue du Butor sont identifiées et « font l’objet d’un accompagnement social, administratif et sanitaire par différents dispositifs (MFIS, Croix-Rouge, CAF, CSAPA, accompagnement logement) », avec « des situations et des parcours distincts selon chacun ».

Certaines démarches sont en cours, notamment en lien avec la domiciliation, les droits sociaux ou l’accès au logement. Il est également indiqué que, pour certains d’entre eux, « le refus ponctuel ou durable de l’hébergement d’urgence relève d’un choix personnel. »

Cimetière de l’Est : Sous le pont, quatre SDF meurent de honte et d’indifférence

C’est un cri du cœur que nous relayons aujourd’hui. Quatre hommes vivent l’enfer sous le pont qui mène au Cimetière de l’Est. Jean, Philippe, René-Michel et Julio ont des visages marqués, des corps fatigués, mais une dignité qui refuse de s’éteindre malgré l’indifférence générale.

C’est là, dans la chaleur étouffante du béton et le bruit des voitures qui filent vers leurs foyers, que ces quatre « enfants de Saint-Denis » ont installé leur dernier refuge. On les appelle les « sans-abri ». On devrait les appeler les « sans-réponse ».

Jean, Philippe, René-Michel et Julio ont entre 30 et 65 ans. Leur quotidien ? Une lutte invisible pour rester debout. Le matin, ils prennent un « ti déjeuner » à la Fondation Abbé Pierre, profitent d’une douche, puis errent dans les rues de Saint-Denis pour tuer le temps. Ils se cachent au Petit Marché ou à la Trinité avec une seule obsession : rester discrets, ne pas déranger. Le soir, ils regagnent leur « case » de béton, à même le sol.

Le secret douloureux des papas

Le plus poignant reste ce secret qu’ils portent comme un fardeau. Deux d’entre eux ont des enfants en Métropole. Des enfants à qui ils ne disent rien. Par pudeur, par fierté, ils cachent leur sort. Ils ne veulent pas que leurs fils ou leurs filles sachent que leur père dort sur un carton à deux pas des tombes à 10 000 kilomètres de là. La honte est une blessure plus profonde que la faim, et ce silence est le dernier rempart de leur dignité d’homme.

Solidarité citoyenne contre mépris administratif

Sur place, la solidarité s’organise. La Maison de la Fraternité Pierre Étienne Grienenberger passe parfois avec un repas. Des passants, inquiets de voir ces silhouettes sous le pont, s’arrêtent pour un geste. Mais les autorités, elles, semblent sourdes.

René-Michel, 65 ans, ancien militaire, est l’incarnation de l’absurdité du système. Il a une pension qui tombe chaque mois, mais parce qu’il a perdu ses papiers et n’a plus d’adresse, il ne peut plus toucher son argent. Voilà trois ans que cet homme n’a pas pu retirer un seul euro de son propre pécule !

Sous le pont, l’organisation est quasi militaire pour survivre. Il y a « Le Grand » Jean, 1m95, qui va chercher l’eau. Il y a ceux qui s’occupent de trouver de quoi manger. Mais quand la nuit tombe, c’est « la guerre ».

©crédit photo Frédéric Rustan/Sinusoïde
©crédit photo Frédéric Rustan/Sinusoïde

« On nous voit, mais on ne nous regarde plus »

À l’approche des élections, ces hommes observent le manège politique avec un mélange de lassitude et d’amertume. Ils voient les voitures défiler, les affiches fleurir et les promesses de « changement » s’étaler sur chaque mur.

« Ils savent qu’on est là. C’est un gros trompage », lâchent-ils.

Ils regardent les logements sociaux sortir de terre pour d’autres, pendant que René-Michel, diabétique, doit supporter l’humidité et le froid du sol chaque nuit. Ils ne demandent pas la lune ; ils demandent à être traités comme des citoyens de Saint-Denis, et non comme des ombres encombrantes.

René-Michel refuse de se mettre hors-la-loi en squattant, par respect pour la règle. Mais jusqu’à quand pourra-t-il tenir ?

Quatre hommes, quatre vies, qui attendent simplement que la « Fraternité » ne soit plus seulement le nom d’une rue ou d’une association, mais une réalité.

©crédit photo Frédéric Rustan/Sinusoïde
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