Le tribunal rendra son jugement le 10 avril prochain. Mais nul doute que David Vital, la pierre angulaire de cette affaire, fera appel puisqu’il a été jugé sans avocat. Me Franck Berton ayant été retenu à Paris. Les avocats présents des autres prévenus ont plaidé la relaxe, mais la Procureure de la République a réclamé à leur encontre des peines sévères.

Après trois jours de débats portant sur des faits présumés de corruption, faux et usage de faux, marchés publics truqués, blanchiment, abus de biens sociaux et association de malfaiteurs, le ministère public représenté par Véronique Denizot, procureure de la République, a proposé des peines allant de la prison avec ou sans sursis à des interdictions d’exercer des fonctions dirigeantes : 

  • Pour David Vital, considéré comme une pièce centrale du dossier, la procureure a requis une peine de 6 ans de prison ferme, assortie d’un mandat de dépôt différé, d’une amende de 375 000 € et d’une interdiction de gérer ou d’exercer une activité commerciale pendant 15 ans. 

  • Pour François Caillé, dirigeant du groupe Caillé, le ministère public a demandé 3 ans de prison dont un an ferme, 200 000 € d’amende et 5 ans d’interdiction de gérer une entreprise. 

  • Pour Nelly Darouèche, ex-directrice générale du groupe Caillé, la procureure a requis 18 mois de prison avec sursis, une amende de 50 000 € ainsi qu’une interdiction de gérer pendant cinq ans, avec exécution provisoire. 

  • Pour l’ancien directeur de la logistique de la mairie de Saint-Paul, Divène Nany, poursuivi notamment pour atteinte à la liberté des marchés publics, la procureure a demandé 2 ans de prison avec sursis et 100 000 € d’amende, ainsi qu’une interdiction à vie d’exercer dans la fonction publique. 

  • La procureure a également réclamé des peines avec sursis et amendes pour Joseph Bréma, ancien président du Directoire d’Air Austral (18 mois, 50 000€ d’amende, interdiction de gérer une entreprise pendant 5 ans), ainsi que pour les proches de David Vital, notamment son père Joseph (18 mois et interdiction de gérer une entreprise pendant 5 ans) et son fils Alan (12 mois, 5 000 € d’amende et interdiction de gérer durant 5 ans). Sans oublier la confiscation d’un appartement possiblement acquis avec des fonds litigieux par David Vital. 

A sa sortie du tribunal, David Vital s’est exprimé aux micros de plusieurs médias en déclarant : « Contre Nicolas Sarkozy où il était questions de millions d’euros, on a réclamé 5 ans de prison. Contre moi, pour 300 ou 400 000 euros, on demande 6 ans de prison ferme ».

David Vital (en noir) fera appel après le jugement du 10 avril prochain

Un réquisitoire centré sur les conséquences sociales et économiques

Dans ses réquisitions, la magistrate a souligné les conséquences de ces infractions supposées : atteinte à la transparence des marchés publics, fragilisation de la concurrence loyale et perte de confiance dans l’économie locale. Elle a également insisté sur le rôle pivot que David Vital aurait joué dans l’entraînement des autres protagonistes du dossier vers des pratiques illégales. David Vital qui, rappelons-le, a été jugé sans avocat.

Cette matinée de réquisitions précède les plaidoiries des avocats de la défense, qui auront l’occasion de tenter de convaincre le tribunal avant que celui-ci ne se retire pour délibérer. 

Hier, mardi 10 février 2026, au deuxième jour du procès opposant plusieurs dirigeants d’entreprise et entrepreneurs réunionnais à la justice pour corruption, fausses factures, marché publics truqués, blanchiment et abus de biens sociaux, la salle d’audience du tribunal correctionnel de Saint-Denis a été le théâtre d’auditions marquantes et de déclarations surprenantes. 

François Caillé reconnaît des fausses factures; la directrice du groupe Caillé décrit son rôle comme « passe-plat »

L’un des moments forts de la journée est venu de François Caillé, Pdg du Groupe éponyme. Interrogé à la barre, l’homme d’affaires a admis qu’une facture produite dans le cadre de ses relations avec David Vital était incorrecte et qu’il s’agissait d’une erreur. « Ce n’est pas parce que je m’appelle François Caillé que je ne fais pas d’erreur », a-t-il déclaré, reconnaissant ainsi des anomalies sans pour autant admettre que celles-ci relevaient d’un système de corruption organisé. 

Cette reconnaissance intervient dans un procès où les experts et enquêteurs cherchent à établir si des services ont été facturés fictivement afin de verser des avantages non déclarés à des intermédiaires, ce qui constitue l’un des principaux points de tension entre l’accusation et les prévenus. 

Autre témoignage important, celui de Nelly Darouèche, ancienne directrice générale du groupe Caillé. À la barre, elle a expliqué qu’elle ne faisait qu’exécuter des instructions et que son rôle avait été celui d’un « passe-plat », c’est-à-dire qu’elle se contentait de transmettre des documents ou des décisions sans en être l’initiatrice. 

Rappelons que les versements suspects étaient désignés par le terme « bouteille », un mot-code qui, selon l’accusation, servait à dissimuler ce que l’État qualifierait de pots-de-vin ou d’avantages occultes. Ce langage codé est aujourd’hui l’un des éléments de preuve examinés pour établir une possible stratégie concertée de dissimulation. 

David Vital, au centre du dossier, reste discret

Le personnage clé de l’affaire, David Vital, est de nouveau apparu en audience ce mardi. Il s’est peu exprimé dans la journée. Confronté aux questions, il a critiqué certains éléments de l’enquête, notamment en affirmant que certaines déclarations à charge étaient fausses. 

Toutefois, la journée a été marquée par son silence stratégique : Vital ne dispose plus d’un avocat. Me Franck Berton étant retenu à Paris. Ce dernier avait demandé le renvoi du procès mais le tribunal en a décidé autrement. Faute de conseil présent à ses côtés, il a souvent choisi de ne pas développer ses réponses, rappelant qu’il comparaissait sans représentation légale complète. 

Après ces auditions et débats, l’audience du 10 février s’est conclue sur une suspension des débats. Les réquisitions du ministère public, moment clé où l’accusation expose les peines qu’elle estime appropriées, sont prévues pour ce mercredi. L’évolution de ces réquisitions devrait donner une première indication des intentions du parquet en matière de sanctions, avant que la défense ne présente ses arguments finaux. 

Rappel des faits : le procès a démarré le lundi 9 février

Un procès qui s’est ouvert ce lundi matin, 9 février, au tribunal correctionnel de Saint-Denis. Il est présidé par la magistrate Caroline Meunier, assistée d’Anne-Charlotte Legrois et de Nathalie Debuire. Le ministère public est représenté par Véronique Denizot.

Au centre de ce dossier de fraude fiscale, d’abus de biens sociaux, de blanchiment d’argent et de corruption présumés figurent François Caillé, dirigeant du groupe Caillé, et David Vital, ancien employeur de la Région et entrepreneur connu des services judiciaires, ainsi que Joseph Bréma, ancien président du Directoire d’Air Austral, Allan Channe-Kane (fils de David Vital), Joseph Vital (père de David Vital), Nelly Darouèche (ancienne directrice générale du groupe Caillé) et Nany Divène (ancien directeur des moyens logistiques à la mairie de Saint-Paul).

David Vital (en noir au premier plan, à côté d’une de ses connaissances en tee-shirt bleu). En toile de fond (toujours en noir), le commandant de police Larivière, qui mené les investigations.
François Caillé, Pdg du groupe éponyme

Une affaire aux ramifications multiples où il est question de circulation d’enveloppes pleines d’argent en espèces (plusieurs dizaines de milliers d’euros), d’échanges de chèques contre de l’espèce dans les stations-services, de favoritisme pour l’attribution de marchés publics, de jeux de poker qui rapportaient très gros, de lobbying auprès d’un journaliste pour que ce dernier, à travers ses écrits, « laisse tranquille Joseph Bréma, l’ancien patron d’Air Austral ».

Le commandant de police qui a mené l’enquête a parlé, ce lundi à la barre, de « Jacques Tillier, le nom du journaliste » qui lui aurait été donné par un des prévenus durant l’enquête de police. Autrement dit, une partie du chèque de 37 000 € émis sur la base de fausse facture par Joseph Bréma à David Vital aurait servi à « acheter » le journaliste. Pour l’instant, impossible d’en savoir  plus; David Vital ayant choisi de ne pas s’exprimer durant ce procès.

Joseph Bréma, ancien président du Directoire de la compagnie Air Austral
Nelly Darouèche, ancienne directrice du groupe Caillé

En effet, ce procès fait suite à plusieurs années d’enquête menée par les policiers de la brigade financière du commissariat Malartic sous la direction du commandant Larivière. Des investigations qui ont démarré après un signalement. Elles ont été suivies de nombreuses perquisitions et auditions.

L’enquête a mis au jour un ensemble de faits présumés organisés autour de pratiques financières suspectes, mêlant faux et usage de faux, corruption, blanchiment d’argent, abus de biens sociaux, favoritisme, association de malfaiteurs, fraude fiscale… Une affaire qui porte sur plusieurs centaines de milliers d’euros.

Nany Divène, ancien directeur des moyens logistiques à la mairie de Saint-Paul, défendu par Me Normane Omarjee

Selon le parquet, ces faits auraient été commis dans le cadre de relations entretenues entre différents acteurs économiques et publics de l’île, affectant notamment l’attribution de marchés publics et la gestion financière de certaines sociétés locales. 

David Vital choisit la stratégie du silence, en l’absence de son avocat

Dès les premières heures du procès, l’audience s’est déroulée dans une atmosphère tendue. Me Franck Berton, avocat parisien de David Vital, actuellement pris sur une autre affaire dans l’hexagone, n’a pu faire le déplacement à la Réunion. En charge du dossier de David Vital depuis novembre 2025, il a notamment tenté d’obtenir un renvoi afin de mieux préparer sa stratégie, mais la cour, après une longue suspension de séance, a rejeté cette demande.

La procureure de la République Véronique Denizot a même dénoncé « la manœuvre dilatoire » de David Vital. « Un choix qui tente de mettre le tribunal en difficulté », a-t-elle ajouté. « Je regrette cette décision personnelle de David Vital », a-t-elle encore précisé, avant de s’en remettre à la Cour à l’instar des avocats de la défense et de la partie civile. Conséquence : Vital s’est retrouvé à comparaître sans conseil présent physiquement, déclarant qu’il s’abstiendrait de prendre la parole durant le reste de l’audience. De même, la Cour a rejeté la demande de disjonction faite par l’avocat de David Vital, estimant que l’affaire devait être jugée dans sa globalité.

En clair, pas question de juger les prévenus présents avec leurs avocats, et juger plus tard David Vital à part lorsque son conseil sera disponible. Le procès a donc eu lieu. David Vital a quant à lui opté pour la stratégie du silence, expliquant qu’il « n’avait rien à dire » à chaque qu’il était interpelé et soulignant qu’il « ne parlera pas en l’absence de son  avocat ». 

Dès le début du procès les avocats de François Caillé (Me Djalil Gangate), de Nelly Darouèche (Me Trajin), de Joseph Bréma (Me Sala), de Joseph Bréma (Me Payen)… ont plaidé des exceptions de nullité. Exceptions rejetées. Le tribunal a décidé de joindre au fond l’ensemble des incidents soulevés par les avocats de la défense.

Ce procès dépasse le simple cadre pénal pour prendre une portée sociale et politique importante à La Réunion. Les faits reprochés touchent au fonctionnement même de certains marchés publics et mettent en lumière les liens potentiels entre acteurs économiques influents et sphère publique de l’île.   Il s’inscrit aussi dans un contexte plus large d’attention accrue portée par les autorités françaises aux affaires de corruption et de fraude dans les outre-mer, où des enquêtes parfois longues ont révélé des réseaux complexes mêlant entreprises et fonctionnaires.

Face à l’ampleur médiatique de l’affaire, plusieurs parties ont rappelé un principe fondamental du droit français : la présomption d’innocence. Le Groupe Caillé a publié un communiqué dans lequel il souligne que les poursuites engagées ne constituent pas une reconnaissance de culpabilité et que les accusés bénéficient de ce principe jusqu’à ce que le tribunal rende sa décision. Une position à laquelle bien entendu tous les prévenus. 

Le procès, qui est prévu de durer au moins jusqu’à ce mercredi 11 février, doit permettre à la justice de faire la lumière sur des faits dont les contours ont été progressivement définis au fil des investigations et des procédures antérieures, y compris des opérations de plaider-coupable impliquant d’autres protagonistes. Au départ, ils étaient 17 prévenus. Le 22 janvier dernier, certains ont accepté d’être jugés en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Ils ont été condamnés à des peines de prison avec sursis et à des amendes.

Selon l’accusation, l’audience correctionnelle doit désormais statuer publiquement sur l’ensemble des charges, tandis que d’éventuels intérêts civils (dommages et intérêts pour des sociétés ou collectivités lésées) pourraient être examinés dans une seconde phase judiciaire. Au terme de ce procès en Correctionnelle, nul doute que le verdict sera mis en délibéré. Une affaire qui pourrait aller en appel voire même jusqu’en Cassation.

C’est pas demain la veille qu’on connaîtra les tenants et les aboutissants de ce dossier. Chaque prévenu, via son avocat, va plaider son innocence. A l’exception toutefois de David Vital, privé physiquement d’avocat pour l’instant, et qui ne dira mot durant la tenue de ce premier procès.