Alors que le dispositif « Tournée Générale » (TéGé) est censé être le rempart contre la précarité des artistes résidant à La Réunion, le poète et artiste Teddy Lafare-Gangama dénonce une manipulation des règles. Entre subventions détournées de leur esprit initial et silence radio des salles de spectacle, le malaise est profond.

C’est un cri du cœur qui secoue le milieu culturel réunionnais ce jeudi matin. Loin des débats identitaires ou des clivages de couleurs, c’est sur le terrain du droit au travail et du respect des engagements institutionnels que Teddy Lafare-Gangama a décidé de porter le fer. Son constat est amer : le système de soutien à la diffusion locale serait devenu une porte dérobée pour des productions extérieures, au détriment des talents du cru.

Le dispositif TéGé, piloté par le PRMA (Pôle Régional des Musiques Actuelles) et financé par les deniers publics locaux, a une mission claire : soutenir le salariat des musiciens résidant à La Réunion. L’objectif est de structurer un marché local fragile en incitant les cafés-concerts et petites jauges à programmer des artistes péi.

Pourtant, la réalité dénoncée par l’artiste est tout autre. Un groupe basé dans l’Hexagone (Ardèche et Clermont-Ferrand), ayant déjà tourné sur l’île avec ses propres moyens en 2025, bénéficierait aujourd’hui de ce dispositif pour une nouvelle tournée. Une opération rendue possible par l’entremise d’un producteur local agissant comme « paravent », alors que les structures habituelles du groupe sont bien installées en métropole.

« Je ne critique ni le groupe, ni la qualité de son travail. C’est la manipulation pernicieuse et malsaine du système que j’accuse », martèle Teddy Lafare-Gangama.

Au-delà de l’aspect financier, l’artiste pointe une rupture de dialogue inquiétante. Alors que les fonds publics sont censés favoriser la diversité, de nombreux artistes locaux se heurtent à un mur de silence. Demandes de rendez-vous ignorées, mails sans réponse… le contraste est saisissant entre le traitement réservé aux résidents et l’accueil fait aux groupes « invités » via des fonds pourtant fléchés pour la scène locale.

Ce sentiment d’injustice est d’autant plus fort que des artistes comme Lafare-Gangama s’investissent quotidiennement pour la valorisation du patrimoine linguistique et littéraire de l’île, tout en accompagnant d’autres créateurs vers l’intermittence.

Pour le PRMA, la situation est délicate. Alors que l’institution doit régulièrement justifier son action pour convaincre les artistes de sa pertinence, de tels précédents érodent la confiance. Est-on encore dans les clous quand l’argent destiné à lutter contre la précarité locale finance des formations déjà solidement structurées ailleurs ?

La question reste posée aux décideurs culturels : le dispositif TéGé doit-il rester un outil de survie pour la création réunionnaise ou devenir un simple effet d’aubaine pour des productions nationales en tournée ?

Pour Teddy Lafare-Gangama, le temps de la complaisance est terminé. Son message est un appel à la vigilance collective : « Rouv nout zié, fèrm pa nout boush ! »

Face à la précision de ces accusations, notre rédaction sollicite officiellement un droit de réponse de la part de la direction du PRMA ainsi que des lieux culturels impliqués dans la programmation du groupe incriminé. Nous restons ouverts à toute clarification concernant les critères d’éligibilité et le contrôle de la résidence effective des artistes bénéficiant des fonds de la « Tournée Générale ».