Echanges à bâtons rompus d’une quarantaine de minutes avec Didier Robert, qui ne s’était quasiment plus exprimé dans les médias depuis près de 5 ans, depuis sa défaite aux régionales de 2021. Une petite heure de discussion dans un café dionysien, hier matin, jeudi 29 janvier. Didier Robert se confie sur ses projets politiques, sur sa candidature à Saint-Paul, sur ses relations aujourd’hui avec Cyrille Melchior « le patron de la droite locale », sur ses affaires judiciaires en cours, sur la Nouvelle Route du Littoral, « qui n’a pas coûté 1 euro aux Réunionnais », dit-il. L’ancien président de Région (2010-2021), candidat à la mairie de Saint-Paul se livre, à cœur ouvert.

Question : vous avez décidé de vous retirer de la vie politique après avoir perdu les régionales de 2021, vous aviez alors démissionné de tous vos mandats (opposition régionale, opposition municipale à Saint-Denis) afin de vous consacrer à vos activités professionnelles. Pourquoi ce retour en politique quasiment 5 ans plus tard ? 

Réponse : J’avais effectivement pris cette décision en toute sincérité et en toute transparence avec les Réunionnaises et les Réunionnais : m’arrêter, faire une pause et me retirer de la vie politique. Et je l’ai fait pendant un peu plus de quatre années, en m’engageant dans un projet différent de reconversion professionnelle. J’ai fait le choix d’ouvrir une petite entreprise dans laquelle j’emploie aujourd’hui une dizaine de personnes. Ce choix était clair, assumé. Pas pour disparaître, mais pour prendre du recul. Ce temps m’a permis de réfléchir, d’écouter autrement, de retrouver une forme de simplicité et de regarder la société réunionnaise sans le prisme permanent de la confrontation politique.

Mais je suis aussi un citoyen, un réunionnais à part entière, amoureux de son île. J’ai continué à regarder, à lire, à écouter attentivement, à entendre ce que disent beaucoup. Et ce que j’entends, ce que je vois, c’est une absence de travail de fond, à la fois du côté de la Région Réunion et du côté de la mairie de Saint-Paul notamment. Un manque de vision, de projet structurant, de perspective de long terme.

« Si je m’engage à nouveau aujourd’hui, ce n’est ni par nostalgie, ni par revanche. C’est parce qu’au fil des échanges et des rencontres, j’ai ressenti une attente sincère. Je crois aujourd’hui pouvoir encore être utile à mon île. Cela malgré les critiques faciles »

Je veux aussi rappeler que mon engagement n’a jamais été guidé par le cumul des mandats ni par les fonctions ou les rémunérations qui pouvaient en découler. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas ce qui m’a animé hier, et que ce n’est pas ce qui me guide aujourd’hui. J’ai toujours envisagé l’engagement politique comme une responsabilité et un service, jamais comme une carrière ou un avantage personnel.

Si je m’engage à nouveau aujourd’hui, ce n’est ni par nostalgie, ni par revanche. C’est parce qu’au fil des échanges et des rencontres, j’ai ressenti une attente sincère. Je crois aujourd’hui pouvoir encore être utile à mon île. Cela malgré les critiques faciles. Je peux être encore une voix pour tous ceux qui souffrent, pour tous ceux qui ne se résignent pas mais qui croient comme moi qu’une Réunion meilleure, plus forte, plus juste est encore possible. Nous avons encore tellement à construire pour nous-mêmes et pour ceux qui viendront après nous.

Vous parlez de Région, puis de Saint-Paul… Pourquoi pas de Saint-Denis où vous avez totalisé 41% des suffrages aux municipales de 2020 ?

Le contexte de 2020 et celui de 2026 est profondément différent. En 2020, nous sortions d’une période de très forte tension sociale. Tout le monde se souvient de l’épisode des Gilets Jaunes, un climat extrêmement violent, pour les personnes comme pour les territoires. Dans ce contexte, ma présence aux municipales de 2020 à Saint-Denis répondait, selon ma lecture, à une nécessité : Comprendre ce que vivaient les Réunionnais, comprendre leurs colères, leurs attentes, leurs motivations, dans un moment de fracture profonde de la société.

Et je me suis engagé à Saint-Denis parce que j’y étais présent, parce que j’étais à la Région, et que les choses étaient, dans ce cadre, plus simples et plus cohérentes. Je ne raisonne pas en fonction de scores passés. Chaque commune a son histoire, ses équilibres et ses dynamiques propres. Saint-Paul est une commune qui concentre des forces considérables, mais aussi des fragilités profondes. J’y perçois un besoin clair de cap, de lisibilité, de stabilité et de rassemblement autour d’un projet solide, structuré et partagé. Cette commune est la mienne depuis 2010 avec ma famille.

Mon choix est aussi profondément personnel. Saint-Paul, comme Le Tampon, est ma commune de cœur, ma commune d’attachement. J’y ai travaillé près de dix ans aux côtés d’Alain Bénard., au début des années 2000. J’ai construit des liens, et je conserve aujourd’hui encore un attachement sincère. Ce territoire fait partie de mon histoire personnelle. Ce n’est donc ni par calcul, ni par stratégie, ni par simple opportunité que je me présente à Saint-Paul.
J’ai la volonté de m’engager là où je me sens légitime, utile et pleinement concerné. Là où je peux agir concrètement avec les Saint-Pauloises et les Saint-Paulois sur la base d’ un projet de proximité, de cohésion et de reconstruction collective.

Vous étiez le directeur de cabinet de l’ancien maire Alain Bénard ?

« Oui, c’est bien ça ! Et beaucoup de Saint-Paulois savent également que je réside à Saint-Paul avec ma famille depuis 2010. Donc, c’est la commune où je réside. Et c’est à Saint-Paul que je vois aujourd’hui les faiblesses et les travers d’une politique municipale qui ne correspond absolument pas à ce qu’attendent les Saint-Paulois ».

Vous parlez de Région, vous vous présentez à Saint-Paul en 2026 ? Or, vous avez encore des procès en cours. Pourquoi n’avoir pas attendu encore 2 ans et vous préparer plutôt pour les régionales de 2028 ?

Aujourd’hui, je pense sincèrement pouvoir apporter mon expérience, et celle d’une équipe, beaucoup plus utilement sur le terrain des municipales que sur celui d’une élection régionale. Je ne suis pas en recherche de mandat pour un mandat. Je suis en recherche d’action. Je suis en recherche de clarification.

La municipale, c’est l’échelon de la proximité. Être proche des gens, comprendre leurs préoccupations quotidiennes, répondre concrètement aux problèmes de cadre de vie, de sécurité, de mobilité, de services, de pouvoir d’achat. C’est aussi l’échelon où l’action économique peut avoir un impact direct, immédiat, mais une action économique pensée au service de l’intérêt général, au service d’une plus grande solidarité.

C’est précisément ce qui manque aujourd’hui à Saint-Paul : de la proximité réelle, une stratégie de développement économique local structurée entre les hauts et les bas, et une solidarité concrète, utile, incarnée. Ce triptyque : proximité, développement économique, solidarité, constitue mon ADN politique. Et c’est à l’échelon municipal que je souhaite porter cette expérience.

Je le dis très clairement : il ne s’agit pas de poser des jalons pour 2028 ou une quelconque autre échéance. 2028 arrivera bien assez tôt. Ce n’est pas une stratégie de carrière, ce n’est pas un calcul politique. Aujourd’hui, il y a des choses à construire, des fondations à reposer. Une nouvelle carte politique va se redessiner au lendemain des municipales, et je veux que les citoyens, comme le courant politique que je représente, puissent trouver leur place de manière claire, lisible et utile.

Et je veux aussi répondre très clairement à une autre question : non, cette candidature n’a rien à voir avec une quelconque stratégie de protection personnelle. La justice suit son cours, je la respecte pleinement. Je ne me suis jamais soustrait à mes obligations et je continue à y faire face sereinement.

Une candidature ne protège de rien et ne remplace pas la justice. Les électeurs sont parfaitement capables de distinguer le temps judiciaire du temps démocratique. Si je suis candidat, c’est parce que je crois au débat politique, à la démocratie locale, et parce que je fais confiance à leur discernement Je sais qui je suis. Je sais ce que j’ai fait et je n’ai aucune inquiétude à affronter les rendez-vous judiciaires que l’on m’impose. Je suis un homme libre, combatif et de pleine responsabilité.

Vous avez déclaré votre candidature à Saint-Paul le 22 décembre 2025 alors que Cyrille Melchior l’avait fait le 25 octobre, soit deux mois avant vous. Vous étiez tous les deux en discussion depuis 2024 et il est dit qu’il vous avait même demandé de conduire la « liste d’union » à Saint-Paul. Pourquoi avez-vous refusé la proposition du président du Département et pourquoi vous présentez-vous, malgré tout ?

Ce qui est dit ne correspond pas à la réalité. Ce sont les » la di lafé » du microcosme politique. Les premières discussions que j’ai eues avec Cyrille Melchior, président du Département, remontent à 2024. À ce moment-là, il avait effectivement pris l’engagement de nous soutenir, en partant d’un cadre clair : il est président du Département, son mandat court jusqu’en 2028, et il n’exprimait aucune volonté particulière d’être présent sur le terrain des municipales, en tout cas pas comme tête de liste. C’est dans ce cadre que les choses se sont construites. Et c’est à partir de 2024 que je me suis engagé sur le terrain, à la rencontre des habitants, des quartiers, notamment dans les Hauts, pour travailler à la construction de cette unité saint-pauloise à laquelle j’aspire, et à laquelle j’aspire toujours aujourd’hui, malgré le contexte.

« Je ne suis pas candidat contre quelqu’un, je suis candidat pour un projet. Les municipales ne sont ni des règlements de comptes personnels, ni des prolongements de querelles passées. Ce ne sont pas des affrontements d’ego ou de personnes »

À un moment donné, Cyrille Melchior fait le choix de partir seul. C’est son choix, il lui appartient, et je le respecte. Mais je veux être très clair : je ne suis pas candidat contre quelqu’un, je suis candidat pour un projet. Les municipales ne sont ni des règlements de comptes personnels, ni des prolongements de querelles passées. Ce ne sont pas des affrontements d’ego ou de personnes.

Ce sont les électeurs qui tranchent, sur la base des idées, des propositions, de la vision, et de la crédibilité d’une équipe. Mon engagement est dans cette logique : porter un projet, construire une dynamique, rassembler, et proposer aux Saint-Pauloises et aux Saint-Paulois une perspective claire pour notre commune.

Cyrille Melchior s’est lancé dans la bataille parce que vous n’avez, peut-être, plus répondu à sa proposition ?

La meilleure réponse que je lui fais, c’est lorsque je l’invite à prendre la parole avec moi à mes côtés, devant les militants au lieu-dit Corbeil à Saint-Paul, bien avant sa déclaration de candidature le 25 octobre. Lui et moi, on évoque ensemble, devant nos militants à Corbeil, la nécessité de l’union à Saint-Paul. Or, malgré cela, sans prévenir personne, il déclare publiquement sans candidature, quelques semaines après.

Vous soutenez qu’il ne vous a pas informé préalablement et, donc, que vous n’étiez pas au courant de cette candidature ?

Absolument. Il a fait le choix, pour des raisons qui lui appartiennent, de considérer qu’il pouvait partir seul et conduire une liste à Saint-Paul censée représenter l’ensemble de la droite. Or, ce n’est pas la réalité. Les personnes qui m’accompagnent aujourd’hui ne sont pas des personnes nécessairement encartées dans un parti politique de droite. Ce sont avant tout des femmes et des hommes qui veulent un changement politique à Saint-Paul. Des citoyens issus de la gauche, de la droite, d’autres sensibilités, peu importe : le débat n’est pas là. Ce que je représente aujourd’hui, c’est un véritable courant politique à Saint-Paul, comme sur l’ensemble de La Réunion, fondé sur le rassemblement et le projet.

Ensemble, nous aurions pu construire une liste d’union, une liste de rassemblement. Cela a toujours été le sens de mes déclarations publiques et de toutes les propositions que je lui ai faites. Mais force est de constater que Cyrille Melchior a fait un autre choix.

Nous n’avons jamais été associés aux rencontres et aux réunions qu’il a pu organiser. Je précise également que ni mes militants ni moi-même n’avons été associés aux échanges autour de Nouvel R’, le nouveau parti politique qu’il a constitué en 2025. C’est donc son cheminement, isolé et personnel, qui conduit aujourd’hui à l’existence de deux listes dans le même camp à Saint-Paul.

Mais je veux être clair sur un point : refuser le dialogue, c’est diviser. Ce n’est pas mon cas. Pour autant, l’unité ne peut pas être artificielle. Elle doit être lisible, sincère et respectueuse des électeurs. Une offre politique claire vaut toujours mieux qu’une unité de façade.

L’objectif reste le même : proposer une alternative réelle, crédible et solide à la politique municipale menée par Emmanuel Séraphin, dans une opposition sincère, structurée et utile pour les Saint-Pauloises et les Saint-Paulois.

Vous dites que Cyrille Melchior ne vous a pas consulté pour Nouvel R’ mais il y a pourtant des élus d’Objectif Réunion, à l’instar de votre ami Olivier Rivière, qui en font partie ?

Chacun est libre de ses choix, de ses initiatives et de ses engagements. Cette démarche appartient à Olivier Riviere. C’est un élu totalement engagé pour sa commune et pour la Réunion. Il a toute ma considération et mon attachement pour son action au service de l’intérêt général.  Je respecte les parcours et les trajectoires de chacun. Mais ce qui compte, au final, ce ne sont ni les noms ni les étiquettes, mais les projets, la crédibilité des équipes et la capacité à agir concrètement.

Vous, personnellement, vous n’avez jamais été sollicité par Cyrille Melchior ou son équipe ? 

A aucun moment.

Vous me disiez que les gens sur votre liste seront issus aussi bien de la droite que de la gauche. Mais vous, vous vous situez où politiquement parlant aujourd’hui ? Êtes-vous encarté à un parti politique ?

Lorsqu’on est élu, on reçoit de la population un mandat. C’est cela qui a de la valeur pour moi. Bien au-delà des partis politiques. Je n’ai jamais fonctionné dans une logique d’obéissance partisane, y compris lorsque j’appartenais à l’UMP. Lorsque des orientations étaient décidées sans compréhension réelle des réalités locales, je n’ai jamais hésité à m’en affranchir. Je n’ai de compte à rendre, politiquement, qu’à la population.

C’est dans cet esprit que j’ai créé Objectif Réunion en 2007. Non pas comme un parti classique, mais comme une démarche, un état d’esprit, une manière de faire de la politique à partir du terrain. Une logique simple : ce qui compte, c’est La Réunion. Ce qui compte, c’est le développement de La Réunion et le service rendu à la population réunionnaise.

Je me méfie des logiques descendantes, où les choix sont décidés à Paris et appliqués sans adaptation aux réalités locales. Quand on regarde la situation actuelle des Républicains, on voit bien qu’il existe une fracture profonde : une fracture du discours, une fracture des projets, une fracture entre le national et le local. Cela traduit une crise plus large du modèle partisan traditionnel, et une nécessité de remise en question. Aujourd’hui, ce que je porte, ce n’est pas un parti national. Je porte un projet municipal. Un projet construit à partir du terrain, des réalités locales, des besoins concrets des habitants, dans l’esprit d’Objectif Réunion : proximité, responsabilité et engagement au service du territoire.

Êtes-vous toujours de droite ?

Oui, je suis de droite. Je l’assume. Par mes valeurs : responsabilité, travail, respect des institutions. J’ai grandi dans cette culture politique, et elle me structure encore aujourd’hui. C’est ce qui me différencie clairement de ceux qui portent aujourd’hui les couleurs de La France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon ou même du Parti socialiste. Mais mon engagement ne se réduit pas à une étiquette. Je crois profondément que nous devons être capables de concilier notre identité réunionnaise, créole, notre appartenance à l’océan Indien et à la métropole pour un  projet de développement moderne, ambitieux et responsable.

Je crois aussi à une logique simple : il faut d’abord créer, d’abord soutenir les entreprises, d’abord créer de l’emploi, avant de pouvoir construire une solidarité durable. La solidarité ne se décrète pas, elle se finance par la création de richesse et par l’activité. Et je refuse les postures qui consistent à demander systématiquement à Paris. Nous ne sommes pas des mendiants. La Réunion n’est pas un territoire assisté. Nous sommes capables de construire notre propre chemin de développement dans l’ensemble français, avec nos sensibilités, notre culture, notre identité et notre intelligence collective.

« Je ne suis pas au RN. Je ne suis pas à l’extrême droite. Ce n’est pas mon sujet, et ce ne sera jamais mon positionnement. Les extrêmes divisent, opposent, fragmentent. Ils ne construisent pas. »

Je ne suis pas un homme du passé. Je ne regarde pas en permanence dans le rétroviseur, je regarde vers l’avenir. On ne bâtit pas durablement un territoire en restant dans le conflit permanent, dans l’opposition systématique, dans la nostalgie ou les fractures idéologiques.

La Réunion est un territoire du vivre-ensemble, un territoire arc-en-ciel. C’est une force, pas une faiblesse. Il faut s’appuyer sur ces principes et valeurs pour avancer ensemble, pour construire, pour rassembler. Objectif Réunion n’est pas un mouvement composé uniquement de personnes de droite. Ce sont des femmes et des hommes qui veulent du changement, du développement, de la réussite, de l’emploi. Des gens qui veulent que les marmailles que l’on envoie à l’université puissent trouver un travail à La Réunion. Des gens qui veulent un territoire qui avance, qui crée, qui protège et qui construit un avenir pour ses enfants.

Vous dites qu’Objectif Réunion, votre parti, peut aller « au-delà de la droite ». Vous voulez dire jusqu’à l’extrême droite ?

Je ne suis pas au RN. Je ne suis pas à l’extrême droite. Ce n’est pas mon sujet, et ce ne sera jamais mon positionnement. Je n’ai demandé l’investiture d’aucun parti. Je reste libre, indépendant, et profondément attaché aux valeurs républicaines.

Mais à l’inverse, il faut se poser les bonnes questions. Pourquoi des électeurs, à un moment donné, se sont-ils reconnus dans le Rassemblement national ? Pourquoi certains ont-ils « glissé » vers ce que d’aucuns appellent l’extrême droite ? Cela ne se produit jamais par hasard. Cela arrive lorsque le discours politique « classique » ne correspond plus à la réalité vécue.

Quand, à La Réunion, des familles sont totalement perdues dès le 10 ou le 15 du mois, qu’elles ne savent plus comment faire pour vivre dignement, comment ne pas comprendre leur colère ?
Quand, à Tan Rouge à Saint-Paul, je rencontre une mère de famille de 90 ans obligée de mettre des bassines dans sa case parce que le toit fuit, comment ne pas entendre cette souffrance ? Et je ne parle même pas de toutes les autres formes de détresse sociale, souvent invisibles.

Cette colère, cette accumulation de frustrations, cette impression d’abandon expliquent en partie pourquoi une partie de la population se tourne vers les extrêmes. Cela révèle aussi nos propres faiblesses collectives : nous n’avons pas toujours su poser les bonnes conditions pour préserver durablement le vivre-ensemble réunionnais, dans une logique d’acceptation, de respect et d’équilibre. Le discours a été faible. Il a été inaudible. Il a parfois été déconnecté du réel.

Mon rôle, comme responsable politique, n’est pas d’exploiter ces colères, mais de les comprendre et d’y répondre. D’apporter des éléments d’explication, des réponses concrètes, des solutions crédibles. De maintenir ce que j’appelle un équilibre : l’équilibre nécessaire pour qu’un territoire puisse se développer sans se fracturer.

Je le redis avec clarté : s’appuyer sur les extrêmes n’apportera jamais les solutions nécessaires.
Les extrêmes divisent, opposent, fragmentent. Ils ne construisent pas. Il faut une voie médiane, solide, lisible, responsable. Une voie républicaine. Une voie qui permette aux uns et aux autres de s’y retrouver, de se reconnaître, et de construire ensemble un avenir commun.

Je parle avec des responsables de sensibilités différentes, oui. Mais dialoguer ne signifie ni s’aligner, ni s’embrigader. Je reste libre, indépendant, et fidèle à une seule boussole : l’intérêt général, la cohésion sociale, et l’avenir de La Réunion.

Revenons à Saint-Paul, quelles sont aujourd’hui vos relations avec Cyrille Melchior ? Vous vous parlez toujours ?

Non. La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était en décembre, quelques heures avant que je déclare officiellement ma candidature. À ce moment-là encore, j’ai proposé à Cyrille Melchior la construction d’une liste commune. Une démarche claire, ouverte, sincère. Il a fait le choix de partir seul dans cette bataille. Il mène aujourd’hui sa campagne de son côté. C’est son choix.

« Cyrille Melchior est président du Département; Il est le patron de la droite locale. Son rôle, c’est d’aider à reconquérir Saint-Paul. C’est d’aller à Saint-Pierre pour soutenir David Lorion et préserver la commune. C’est d’aller au Tampon pour accompagner Patrice Thien-Ah-Koon et éviter un basculement qui ferait du tort à tous. C’est d’aller à Saint-André, où les divisions entre Laurent Virapoullé et Jean-Marie Virapoullé fragilisent l’ensemble du territoire. C’est cela, le rôle d’un responsable politique à ce niveau-là »

De mon côté, je suis sur le terrain. Je rencontre toutes celles et tous ceux qui veulent un vrai changement à Saint-Paul. J’échange avec les habitants, les forces vives, les acteurs locaux. Et je continue à dire que Cyrille Melchior a toute sa place dans le cheminement politique que nous sommes en train de construire. L’ouverture existe. Le dialogue est possible. Mais sans compromis sur le fond.

Il est président du Département. Il est président de Nouvel R’. Il est, de fait, une figure centrale de la droite réunionnaise. À ce titre, sa responsabilité est aussi d’être dans une logique de structuration globale du camp qu’il représente. Son rôle, c’est d’aider à reconquérir Saint-Paul.
C’est d’aller à Saint-Pierre pour soutenir David Lorion et préserver la commune. C’est d’aller au Tampon pour accompagner Patrice Thien-Ah-Koon et éviter un basculement qui ferait du tort à tous. C’est d’aller à Saint-André, où les divisions entre Laurent Virapoullé et Jean-Marie Virapoullé fragilisent l’ensemble du territoire.

C’est cela, le rôle d’un responsable politique à ce niveau-là. C’est le rôle du patron de la droite. Structurer, rassembler, organiser, soutenir. Il est encore président du Département pour deux ans. Il a pris des engagements. Il doit les assumer jusqu’au bout de son mandat, dans une logique de responsabilité politique globale, au service des territoires et des équilibres de l’île.

Patron de la droite, c’est un poste que vous pourriez convoiter ?

Je ne convoite rien. On ne se lève pas un matin en se disant : « je suis le patron de ». Ces choses-là ne se décrètent pas, elles se construisent naturellement. Par les fonctions qu’il occupe, par sa capacité à rassembler au niveau régional et départemental l’ensemble des élus en responsabilité, Cyrille Melchior est aujourd’hui le patron naturel de la droite réunionnaise. C’est un fait politique. Et nous avons toujours dit que nous souhaitions nous inscrire dans cette dynamique de structuration et de cohérence.

Mais une responsabilité implique aussi une exigence. Un patron, ce n’est pas seulement une fonction ou un titre. C’est une capacité à rassembler, à apaiser, à organiser, à fédérer. Pas à diviser. Pas à fragmenter un territoire. La division qu’il porte aujourd’hui à Saint-Paul n’est pas à la hauteur des enjeux. Le patron de la droite doit être au-dessus de la mêlée.

Vous accusez Cyrille Melchior de « diviser la droite » à Saint-Paul ?

Saint-Paul est une commune que l’on peut aujourd’hui reconquérir à condition effectivement d’être dans cette logique d’union.

Cyrille Melchior a déclaré sa candidature le 25 octobre et vous, vous le faites deux mois plus tard, soit le 22 décembre. N’est-ce pas plutôt vous qui passez pour « le diviseur » ?

Je dis simplement une chose de bon sens : on ne peut pas être à la fois président du Département et maire de Saint-Paul. La loi l’interdit. Et beaucoup de Saint-Pauloises et de Saint-Paulois se posent aujourd’hui une question légitime : comment le président du Département, qui souhaite rester à la tête du Département, peut-il en même temps se porter candidat à la mairie de Saint-Paul ? Dans tous les cas de figure, la suite n’est pas claire.
Si, par hypothèse, Cyrille Melchior était élu à Saint-Paul, qui serait alors le nouveau président du Département ? Qui prendrait la relève ? Sur quelles bases ? Selon quel processus ? Les citoyens ont besoin de savoir. Ils ont besoin de lisibilité, de cohérence et de transparence. On ne peut pas demander la confiance sans apporter des réponses claires sur l’organisation du pouvoir et sur les responsabilités institutionnelles.

Chacun doit aujourd’hui savoir raison garder, assumer pleinement les responsabilités que les Réunionnais lui ont confiées, et respecter le mandat pour lequel il a été élu. Je le redis : je n’ai jamais fermé la porte au dialogue. Diviser, c’est refuser le dialogue. Ce n’est pas mon cas.

J’appelle une nouvelle fois Cyrille Melchior à venir nous aider à Saint-Paul, mais à la place qui doit être la sienne : celle d’un président du Département, d’un responsable politique structurant, d’un leader qui rassemble.

Vous pourriez toujours vous retrouver dans le cadre d’une union au second tour ?

Mon objectif est simple : provoquer un coup d’arrêt à la politique municipale telle qu’elle est menée aujourd’hui. Une politique qui, depuis quatre à cinq ans, fait du tort à la population. Les hauts de Saint-Paul sont largement délaissés. L’action municipale actuelle se limite trop souvent à reprendre des dossiers de l’ancienne équipe pour les traiter à moitié, sans vision, sans cohérence, sans projet global. Ce n’est pas ce que les Saint-Pauloises et les Saint-Paulois attendent. Ils attendent une vraie politique municipale. Une politique d’équilibre entre les Hauts et les Bas. Une politique d’équilibre entre le logement et l’habitat. Une politique d’équilibre entre le développement économique et la solidarité.

Je n’ai aucun état d’âme sur le principe du rassemblement. Mais le rassemblement n’est jamais automatique. Il doit avoir du sens pour les électeurs. Il doit être lisible, loyal, sincère et transparent. C’est dans cet esprit que je m’adresse aux Saint-Paulois. Je suis clair avec eux : je me présente devant eux pour être leur maire. Pleinement. Totalement. Pour un mandat. Pas pour être en permanence en train de courir ailleurs, ni de me projeter déjà dans d’autres échéances.

Le moment venu, je prendrai mes responsabilités, en conscience, en fonction des projets et des valeurs en présence. Avec une seule boussole : l’intérêt de Saint-Paul, l’équilibre du territoire, et l’avenir des Saint-Pauloises et des Saint-Paulois.

Autrement dit, si vous êtes élu maire à Saint-Paul en 2026, vous ne serez pas candidat à la Région en 2028 ?

Aujourd’hui, je suis candidat à Saint-Paul. Et si je suis élu maire en 2026, j’assumerai pleinement cette responsabilité, dans le respect du mandat que les Saint-Pauloises et les Saint-Paulois m’auront confié, et dans la fidélité aux engagements sur lesquels ils m’auront élu. Je crois profondément qu’on ne peut être crédible qu’avec un seul cap à la fois. Un seul engagement. Une seule responsabilité pleinement assumée.

Pourquoi dites-vous que cette municipalité « n’a pas travaillé ». Le maire sortant dispose d’un bilan, la ville s’est développée : infrastructures nouvelles inaugurées, réhabilitation des écoles, extension du cimetière, constructions de logements, aménagement de plusieurs espaces… ?

Sur les cinq dernières années, les exemples que vous citez relèvent, pour l’essentiel, du prolongement de projets engagés sous l’ancienne mandature. Il y a très peu de réalisations réellement nouvelles, très peu d’innovations, très peu de projets structurants portés par une vision propre à l’équipe actuelle.

Ce que retiennent aujourd’hui beaucoup de Saint-Pauloises et de Saint-Paulois, ce sont surtout des choix symboliques : la fête, la fête, et encore la fête.
Le budget des fêtes et cérémonies à Saint-Paul dépasse aujourd’hui les 2 millions d’euros par an. Dans le même temps, le budget du CCAS  c’est-à-dire l’outil principal pour accompagner les plus fragiles, les plus précaires, les plus en difficulté est lui aussi d’environ 2 millions d’euros.

Cela traduit des priorités déséquilibrées, des choix politiques illogiques, et surtout un profond manque de cohérence dans l’action municipale. Et s’il fallait citer un projet réellement « nouveau» porté par l’équipe actuelle, il y en a un qui symbolise parfaitement cette incohérence : le bassin de baignade sur le front de mer de Saint-Paul.

Comment peut-on, quand on est Saint-Paulois, quand on est Réunionnais, imaginer créer un bassin de baignade en centre-ville, dans la baie de Saint-Paul ? Un projet qui a coûté des centaines de milliers d’euros pour installer des filets, les désinstaller, les réinstaller…
Et dire ensuite aux habitants : « Vous pouvez vous baigner à côté du débarcadère », alors que tout le monde sait que la baie de Saint-Paul est une zone de passage de requins.

C’est un projet qui va à contresens de toute logique territoriale, de toute cohérence environnementale, de toute rationalité budgétaire. Un symbole parfait de décisions mal pensées, mal hiérarchisées, déconnectées des réalités locales.

C’est cela, aujourd’hui, le problème de fond : une absence de vision globale, des choix politiques incohérents, et une action municipale qui manque de cap, de structure et de sens. Saint-Paul mérite mieux qu’une accumulation de décisions illogiques et de projets sans cohérence d’ensemble. Elle mérite une politique municipale structurée, équilibrée, lisible, et tournée vers l’intérêt général.

Vous pensez sincèrement que les électeurs de Saint-Paul sont dupes et qu’ils vont résumer, comme vous le faites, la mandature d’Emmanuel Séraphin à un projet de bassin de baignade avec des requins pas loin ? C’est de la mauvoise foi pour ne pas dire de la malhonnêteté intellectuelle de votre part ?

Absolument pas. Et je vais vous donner un deuxième exemple, très concret. Le Grand Boucan de Saint-Gilles a été déplacé vers le front de mer. En parallèle, l’équipe municipale avait pris des engagements clairs auprès des commerçants de Saint-Gilles : compenser ce déplacement par quatre ou cinq grandes manifestations annuelles, afin qu’ils ne se retrouvent pas en difficulté économique. Le Grand Boucan a bien été déplacé. Mais les événements promis n’ont jamais vu le jour. Les commerçants, eux, se retrouvent aujourd’hui fragilisés, sans compensation, sans soutien, sans alternative. C’est une promesse non tenue. Un exemple de plus d’un manque de cohérence entre le discours et les actes.

Je peux aussi évoquer le chemin Mouniama à Tan-Rouge : dix familles y vivent, dans l’attente de la réparation d’un simple ponceau à l’entrée du chemin. Le ponceau est tellement fragilisé que les camions ne peuvent plus passer. Et quand il pleut, certaines familles ne peuvent même plus rentrer chez elles. Voilà la réalité du quotidien. Voilà ce que vivent des habitants de Saint-Paul.

Je pourrais également parler de la fermeture progressive des associations dans les Hauts. Du manque de soutien aux structures locales. Du désengagement vis-à-vis du football saint-paulois : une équipe de jeunes qui vient de réaliser une saison remarquable, mais qui se retrouve aujourd’hui sans accompagnement, au point que des jeunes talents cherchent des clubs ailleurs, faute de perspectives locales. Saint-Paul a besoin de cohérence, de continuité, de respect de la parole donnée, et d’une action municipale structurée autour d’un projet clair.

En fait, vous ne regardez le verre qu’à moitié vide parce que vous arrange ?

Je ne fais que vous relater la réalité

Vous avez le soutien de l’ancien maire Joseph Sinimalé qui, au début, était aux côtés de Cyrille Melchior. Est-ce que vous aurez également le soutien de l’ancien maire Alain Bénard dont vous avez été le directeur de cabinet ? 

Joseph Sinimalé a été élu à quatre reprises par la population de Saint-Paul. Cela dit quelque chose. Cela dit une confiance durable. En tant qu’ancien maire, il est aujourd’hui un soutien important et précieux, parce qu’il a une connaissance réelle, concrète et profonde de Saint-Paul. Il connaît les quartiers, les habitants, les histoires locales, les projets passés, les actions menées. Cette mémoire du territoire est une richesse. Et je suis très heureux de pouvoir mener cette campagne à ses côtés.

Didier Robert (chemise blanche) en compagnie de Joseph Sinimalé, ancien maire de Saint-Paul

On m’a dit qu’il était auparavant avec Cyrille Melchior. Mais cela ne fait pas de lui un soutien automatique, ni indéfectible, du président du Département. La preuve est simple : cela fait maintenant plus de deux mois et demi que nous sommes en campagne ensemble, Joseph Sinimalé et moi, nous sommes sur le terrain, à rencontrer les Saint-Pauloises et les Saint-Paulois, à expliquer le sens, la cohérence et la légitimité du projet que nous portons.

Notre démarche repose sur deux piliers : l’expérience et la proximité. L’expérience pour comprendre les mécanismes institutionnels, les leviers d’action, les réalités administratives.
La proximité pour rester connecté au quotidien des habitants, à leurs difficultés réelles, à leurs attentes concrètes, à leur vécu.

D’autres personnes et acteurs Saint-paulois nous rejoignent toutes les heures. Nous sommes en train de construire un véritable courant d’action à Saint-Paul. Nous portons aujourd’hui la révolution du changement… Une dynamique fondée non pas sur des étiquettes, mais sur un projet. Non pas sur des accords d’appareil, mais sur l’engagement des femmes et des hommes du territoire. C’est une démarche d’unité populaire. Et cette unité populaire me correspond profondément. Parce qu’elle vaut plus qu’une simple union politique : elle repose sur l’expérience, la proximité, la confiance, et la volonté de construire ensemble, avec et pour les Saint-Pauloises et les Saint-Paulois.

L’union de la droite étant manifestement impossible au 1er tour, est-ce que si vous terminez 3ème le 15 mars prochain, vous appellerez à voter en faveur de Cyrille Melchior ?

Je ne fais pas de politique-fiction. Laissons les électeurs s’exprimer. Laissons-les prendre position librement. Et le moment venu, nous verrons ce qu’il faudra faire, ou ne pas faire. Le moment venu, je prendrai mes responsabilités, en conscience, en fonction des projets et des valeurs en présence. Mais je reste constant sur un point : je m’inscris dans une démarche d’unité populaire.
Une unité qui a du sens. Une unité qui doit être lisible, cohérente et compréhensible pour les électeurs.

Vous laissiez entendre que la municipalité de Saint-Paul « n’a pas été au rendez-vous ». Idem, selon vous pour la Région. Que voulez-vous dire concrètement ? N’êtes-vous pas un peu mal placé pour tenir ce genre de propos vu que certains de vos projets, je pense notamment à la NRL, ne se sont pas entièrement concrétisés ?

Enfin Monsieur Mont-Rouge, est-ce qu’on veut bien être sérieux quelques minutes ? Sur un plateau de télévision, au moment des élections régionales de 2021, j’ai dit ouvertement que Madame Bello avait participé à financer les associations qui se sont opposées à la route du littoral et qui ont expliqué aux Réunionnais : « touche pas notre roche ». Elle a acquiescé. Donc, celle-là même qui a empêché que ce chantier-là se termine comme c’était prévu, c’est-à-dire en 2025, c’est-à-dire que nous aurions eu aujourd’hui une route totalement réalisée. Je constate que Mme Bello est aux commandes depuis quatre ans. Qu’est-ce qui a été changé en quatre ans ? Elle aurait très bien vu poursuivre le chantier. Est-ce que ça a été le cas ? Absolument pas ! Moi j’ai tout fait pour pouvoir dans un laps de temps le plus serré possible, j’ai été élu en 2010 et, dès 2013, on posait la première pierre de la nouvelle route du littoral (NRL) pour pouvoir être dans ce mode accéléré et de terminer la route. Et vous voulez me faire le reproche aujourd’hui que la route n’est pas terminée. Enfin, je pense qu’on se trompe d’interlocuteur.

Il faut que vous vous adressiez à la bonne personne et en l’occurrence la présidente de Région actuelle qui a tout fait pendant le mandat pour s’opposer à la construction de la NRL. C’est quand même Madame Blo qui est allée faire une grande chaîne humaine, avec des amis à elle, autour de la carrière de Bois Blanc pour s’opposer. Et même lorsqu’on a proposé des solutions alternatives, elle a continué à s’y opposer. Même quand on lui expliquait qu’on pouvait faire, elle a financé les associations pour nous empêcher de le faire. Enfin, il faut quand même avoir un minimum d’honnêteté intellectuelle !

Elle reste cohérente avec ce qu’elle a toujours dit, à savoir ne pas transformer la Réunion en un gruyère en fouillant pour trouver des galets, raison pour laquelle elle a opté pour un viaduc à la place d’une digue ? 

Il suffit de poser la question aux agriculteurs concernés. À ceux qui ont bénéficié de l’accompagnement de la Région pour nettoyer leurs terres, pour rendre exploitables des parcelles qui, auparavant, étaient inexploitables et donc abandonnées. Grâce aux opérations d’épierrage, ces terrains sont aujourd’hui cultivés, utilisés, productifs.

Il faut aussi se souvenir qu’au Conseil départemental, à une époque, existait une structure qui faisait payer les agriculteurs pour réaliser ces opérations d’épierrage. Autrement dit, les agriculteurs devaient eux-mêmes financer ce travail pour pouvoir exploiter leurs terres.

« La NRL n’a rien coûté aux Réunionnaises et aux Réunionnais. Elle a été financée par des fonds européens, avec le soutien de l’État, et par un emprunt contracté par la Région sur quarante ans, à un taux inférieur à 1 % »

La question est donc simple : depuis quand enlever des galets sur un terrain agricole constitue-t-il un risque environnemental pour La Réunion ? Il faut arrêter les postures idéologiques déconnectées du terrain. L’épierrage, quand il est encadré, maîtrisé et réalisé pour l’exploitation agricole, relève du bon sens agronomique, pas d’une atteinte à l’environnement. C’est une politique de terrain, au service de l’agriculture, de l’autonomie productive et du développement local pas une menace écologique.

Il n’en demeure pas moins que cette route non terminée aura coûté très cher (plus de 2 milliards d’euros) et ce n’est pas fini car la Région va devoir payer plus de 800 millions d’euros aux multinationales ?

Que veut-on dire, au fond ? Que parce que nous sommes ultramarins, parce que nous sommes à 10 000 km, nous n’aurions pas le droit à une infrastructure moderne, sécurisée, digne de ce nom? Nous n’aurions pas le droit à une belle route ? Il faut aussi rétablir un fait essentiel : cette route n’a rien coûté aux Réunionnaises et aux Réunionnais.
Elle a été financée par des fonds européens, avec le soutien de l’État, et par un emprunt contracté par la Région sur quarante ans, à un taux inférieur à 1 %. Cet emprunt est assumé par la Région Réunion. Il n’a pas été financé par les impôts des Réunionnais. Il est donc faux de présenter ce projet comme un fardeau fiscal pour la population. C’est un investissement structurant pour  la sécurité et du développement de La Réunion.

Même les 800 millions de qu’il faudra payer aux multinationales dans le cadre du contentieux qui remonte à votre mandature ?

Depuis 2010, on évoque régulièrement un chiffre de 800 millions d’euros dans le cadre de contentieux liés à la route. Une question simple doit être posée : combien a réellement été payé à ce jour ? Ces entreprises ont-elles obtenu gain de cause devant la justice ?

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que ces montants seront versés. Pour ma part, je suis convaincu d’une chose : ces entreprises n’obtiendront jamais 800 millions d’euros, parce qu’il n’existe aucun justificatif solide, aucun fondement juridique sérieux à ces montants réclamés.

Alors, que fait-on ? On entretient la peur. On laisse croire aux Réunionnaises et aux Réunionnais qu’ils vont devoir payer plus cher. Alors que, dans les faits, il n’y a rien à payer à ce stade. La route est financée. Elle l’était déjà sur la période qui me concerne. Oui, le projet coûte environ 2 milliards d’euros. Mais je le redis clairement : ce ne sont pas les Réunionnais qui financent ce projet sur leurs impôts.

Une autre question se pose alors : pourquoi a-t-on encore attendu trois ans avant de lancer de nouveaux appels d’offres ? Pourquoi ces délais ? Pourquoi ces blocages ? Pourquoi ces retards ?

Aujourd’hui, les décisions appartiennent à l’exécutif régional en place. La responsabilité politique est claire. Elle est celle de la présidente de Région actuelle. Mon objectif est simple, constant, et inchangé : que cette route soit terminée. Qu’elle le soit dans la clarté, la responsabilité, la transparence et l’intérêt général.

Si vous êtes élu maire de Saint-Paul et que vous soyez rattrapé par les affaires en cours (celle dite des « emplois fictifs » de la Région lorsque vous étiez président de la collectivité, qui arrive devant la Cour d’Appel les 15,16 et 17 avril prochains. Il y a par ailleurs l’affaire dite « des indemnités de logement de fonction » pour laquelle avez été condamné en novembre 2024 et qui sera examiné par la Cour d’Appel également en avril 2026), que feriez-vous ? 

Non, ce ne sera pas le cas. Et je le dis avec sérénité, parce que je suis absolument certain des arguments juridiques qui ont été posés dans le cadre des procédures en cours. Les Réunionnaises et les Réunionnais l’ont d’ailleurs découvert en décembre dernier, lors de mon procès en appel sur les emplois dits « fictifs » : une procédure ancienne me disculpait totalement, et cette procédure avait, semble-t-il, été ignorée par l’accusation. Les faits existent. Les décisions judiciaires aussi. Ce que je souhaite, c’est que chacun puisse faire la part des choses entre l’action judiciaire qui me concerne personnellement et pour laquelle je me bats pour faire reconnaître mon innocence et l’action politique.

« Je le dis clairement : si j’avais le moindre doute sur toute la durée du mandat de maire, sur ce que je suis, sur ce que j’ai fait, sur mon intégrité, je ne serais pas candidat à Saint-Paul. Je n’ai jamais volé un euro »

Sur le dossier du logement de fonction, on cherche aujourd’hui à m’imputer la responsabilité d’un texte qui s’applique aux personnels administratifs. Or, lorsque j’étais président de Région, je n’étais pas un administratif : j’étais un élu, il existe un cadre juridique spécifique aux élus, un régime d’indemnités, un statut particulier, avec des règles propres. C’est dans ce cadre-là que les choses doivent être analysées. Et sur ces bases, je saurai me défendre.

En première instance, ce cadre n’a pas été correctement pris en compte. C’est pourquoi je fais confiance aux juges de la cour d’appel, qui auront à se prononcer sur ce dossier, pour que le droit soit pleinement examiné et que je puisse, là aussi, obtenir gain de cause. Je le dis clairement : si j’avais le moindre doute sur toute la durée du mandat , sur ce que je suis, sur ce que j’ai fait, sur mon intégrité, je ne serais pas candidat. Je n’ai jamais volé un euro.

Et à chaque fois que je suis sur le terrain, à chaque fois que je rencontre des familles, je me dois d’agir avec responsabilité et honnêteté. Je dis à tous une chose simple : je veux être votre maire parce que je sais que je peux l’être, parce que je sais que je peux agir pour votre bien, pour votre quotidien, pour votre avenir, et cela tant que Dieu me prête vie.

Mes difficultés personnelles, je les réglerai dans le temps judiciaire, en temps et en heure.
Mon engagement politique, lui, est tourné tout entier vers les Saint-Pauloises, les Saint-Paulois, et l’intérêt général.

Avez-vous toujours une dent contre la droite locale, la droite de feu Michel Fontaine dont certains élus, à l’instar de Michel Vergoz, prétendent qu’elle vous a fait perdre les régionales de 2021 ?

Je n’ai de rancœur contre personne. Le passé est ce qu’il est. Les Réunionnaises et les Réunionnais, pour ceux qui souhaitent analyser les choses avec lucidité, ont parfaitement compris ce qui s’est joué politiquement à certaines périodes, y compris le fait que, au sein d’un même courant politique, certains aient fait le choix de rejoindre d’autres trajectoires, ce qui a eu un coût politique. Mais tout cela appartient au passé. Je ne suis pas dans une démarche de revanche personnelle. Je ne me présente pas à Saint-Paul pour régler des comptes. Et je n’ai pas le droit de faire cela.

La vie politique est plus importante que les histoires individuelles. Elle repose sur le respect de l’engagement pris devant la population dans le cadre d’un mandat. Elle repose sur la responsabilité, la loyauté et le sens du service public. Je le dis clairement : je ne suis pas candidat contre quelqu’un, je suis candidat pour un projet. Ce sont les électeurs qui tranchent, sur la base des idées, des propositions, de la vision et de la crédibilité d’une équipe.

Mon engagement aujourd’hui est tourné vers l’avenir. Vers un projet municipal clair pour Saint-Paul. Vers une voix politique utile pour Saint-Paul. Vers la construction d’une alternative crédible, structurée et responsable. Je suis candidat pour bâtir, pas pour opposer.
Pour proposer, pas pour régler des comptes. Pour servir, pas pour me venger.

On dit que vous soutenez plusieurs candidats aux municipales (Thierry De Gérus à Salazie, Sabrina Ramin à Saint-Benoit, Laurent Virapoullé à Saint-André etc…) car votre retour en politique s’inscrit dans le cadre d’une démarche de construction d’une droite parallèle à celle de Cyrille Melchior. Info ou intox ?

Objectif Réunion existe, et continuera d’exister. C’est une démarche que je souhaite faire grandir avec celles et ceux qui partagent le même idéal de développement pour La Réunion, la même vision d’un territoire qui se construit par le travail, la responsabilité et l’engagement collectif. Mais Objectif Réunion, ce n’est pas seulement une structure politique au sens classique du terme.
C’est avant tout un état d’esprit. Une manière de faire de la politique à partir du terrain, des réalités locales, des besoins concrets des habitants, et non à partir d’appareils ou de stratégies d’appareil. Ils sont nombreux à s’y reconnaître, et j’en suis heureux. Mais ce n’est pas dans une logique de calcul électoral permanent. Ce n’est pas une mécanique de positionnement pour des échéances futures. Aujourd’hui, mon engagement est clair : je porte un projet municipal. Un projet pour Saint-Paul.

Propos recueillis par Yves Mont-Rouge 

(montrougeyves@gmail.com)