L’archipel des Chagos : un livre, et toujours de vives tensions diplomatiques malgré l’accord de mai 2025

Le Mouvement Réunionnais pour la Paix, présidé par Julie Pontalba (notre photo de Une), invite le public au lancement du livre autobiographique : « Olivier Bancoult, un messager de la paix – L’histoire des Chagos ». Présentation qui sera faite ce vendredi 30 janvier à 16 heures, au Villag by CA – Technopole, 20 rue Maxime Rivière, 97490 Sainte-Clotilde
Écrit en anglais, cet ouvrage a été traduit en français et imprimé sous l’impulsion du Mouvement Réunionnais pour la Paix. La rencontre sera suivie d’un temps d’échange et de réflexion autour de l’ouvrage, en présence de l’auteur Ibrahim Alladin, de M. Olivier Bancoult, ainsi que des organisateurs et invités. Un sujet d’actualité brûlante car les Chagos se trouvent actuellement au cœur d’une géopolitique internationale bousculée par la posture du président américain Donald Trump, dont l’objectif aujourd’hui est de récupérer cette terre de l’océan Indien que les Britanniques avaient, fin de l’année dernière, accepté de rétrocéder à l’île Maurice et, donc, aux Chagossiens, comme le relate ces derniers temps la presse mauricienne et britannique. L’accord de mai 2025 signé entre la Grande-Bretagne et l’île Maurice pourrait ainsi être remis en question.
En effet, la rétrocession de l’archipel des Chagos – ensemble d’îles de l’océan Indien dont la souveraineté a longtemps été disputée – devait marquer une étape juridique et diplomatique majeure entre le Royaume-Uni et la République de Maurice. Après des décennies de contestations, de décisions de justice internationales et de pressions politiques, Londres et Port-Louis avaient conclu en mai 2025 un accord historique : la Grande-Bretagne s’engageait à transférer la souveraineté de ces terres à Maurice tout en conservant les droits d’exploitation d’une base militaire stratégique sur l’atoll de Diego Garcia pour les forces britanniques et américaines.
Cependant, ce qui semblait être une avancée décisive vers la fin d’un contentieux colonial s’est récemment transformé en un point de friction juridique et diplomatique au point que le Parlement britannique a gelé la législation nécessaire à la ratification de l’accord. Le débat prévu au sein de la Chambre des lords a été repoussé, suscitant des accusations de « sabotage » politique » et de manœuvres pour faire avorter le processus.
Les enjeux juridiques et politiques internes au Royaume-Uni
La suspension de la loi qui devait entériner la rétrocession s’inscrit dans un contexte politique houleux à Westminster. Une partie du Parlement, notamment des élus conservateurs opposés à l’accord signé par le Premier ministre Keir Starmer, conteste la légalité de certaines dispositions, en particulier au regard d’un traité anglo-américain de 1966 garantissant la souveraineté britannique sur le territoire insulaire.
Ces parlementaires estiment que le transfert de souveraineté pourrait violer cet engagement international et affaiblir la position stratégique du Royaume-Uni et de ses alliés. D’autres opposants redoutent, dans le climat géopolitique actuel, que la cession des Chagos n’accorde une influence accrue à des puissances comme la Chine dans l’océan Indien. Sans oublier bien entendu les Etats-Unis et son président.
L’arme Trump dans le débat : critique, retournement et conséquences diplomatiques
À ces controverses juridiques internes s’ajoute donc une dimension internationale encore plus perturbante. Donald Trump, président des États-Unis, a publiquement attaqué l’accord en le qualifiant d’« acte de grande stupidité » et de « faiblesse totale », remettant en cause le bien-fondé d’un transfert de souveraineté qui, hors de l’argument officiel, inclut un maintien sous forme de bail long terme du contrôle militaire sur Diego Garcia.
Cette critique de Trump est d’autant plus étonnante qu’il avait initialement semblé soutenir l’accord avant de revenir sur sa position. Il a utilisé l’affaire Chagos comme un argument en faveur de ses propres ambitions géopolitiques, mentionnant notamment l’idée controversée d’intégrer le Groenland aux États-Unis pour des raisons de « sécurité nationale » — un projet qui a suscité l’inquiétude de plusieurs alliés européens.
Les attaques de Trump ne sont pas que rhétoriques. Elles ont alimenté une partie de l’opposition britannique au projet, certains conservateurs britanniques cherchant à « s’appuyer » sur l’administration américaine pour bloquer le processus à Westminster.
Maurice et le droit international : la souveraineté au-delà des critiques
Face à ces turbulences, l’île Maurice a fermement défendu la validité de l’accord. Selon Port-Louis, la souveraineté mauricienne sur l’archipel est déjà reconnue par le droit international et ne devrait plus être remise en question notamment à la lumière de précédentes décisions de la Cour internationale de justice et de l’Assemblée générale de l’ONU qui avaient jugé l’administration britannique illégale.
Maurice insiste que l’accord signé avec Londres en 2025 « clôt une bataille de plusieurs décennies» en faveur de la fin de la domination coloniale sur l’archipel, même si des aspects pratiques comme l’avenir de la base militaire et les droits des Chagossiens déplacés restent source d’inquiétude.
La controverse autour des Chagos illustre bien la manière dont des dossiers apparemment techniques ou bilatéraux peuvent être absorbés par des dynamiques géopolitiques plus vastes. L’intervention, et surtout le retournement, d’un acteur puissant comme les États-Unis met en évidence une réalité : même des accords qui paraissent réglés juridiquement peuvent vite devenir des leviers ou des points de pression dans un climat international marqué par une instabilité croissante et des rivalités stratégiques exacerbées.
















1 commentaire
C LI
Balayer devant votre porte avant..