Les municipales, c’est comme le bac : ça ne se gagne pas en révisant la veille

Il y a une illusion tenace en politique locale, qui ressurgit à chaque cycle électoral, et plus encore à l’approche des municipales : l’idée qu’une campagne se gagne en quelques semaines, à coups d’affiches bien léchées (des visages saupoudrés et des lèvres fardées à souhait), de slogans inspirés et de poignées de mains distribuées à la hâte. Comme si une élection municipale relevait du sprint, alors qu’elle ressemble bien davantage à un marathon.
Raison pour laquelle, je considère les municipales un peu comme le bac. Officiellement, tout se joue le jour de l’épreuve. En réalité, tout est déjà écrit bien avant. Certes, il existe toujours quelques exceptions ou surprises. Une poignée de candidats avec le cul bordé de nouilles (les chanceux), qui débarquent tardivement, potassent deux ou trois sujets en accéléré et, par un concours de circonstances favorable, décrochent le Graal le jour J. Mais soyons honnêtes : ces cas-là tiennent plus du miracle que de la méthode. Et bâtir une stratégie politique sur l’exception relève davantage de la foi que de l’analyse.
Car une municipale, ce n’est pas un casting. Ce n’est pas non plus une campagne de publicité. C’est un examen de fond, où les électeurs notent sur la durée. Ils évaluent la constance, la crédibilité, la présence et, surtout, le bilan. Ils se souviennent de celles et ceux qu’ils ont vus, entendus, croisés et aussi de ceux qui ont brillé par leur absence pendant cinq ou six ans et qui, comme par hasard, retrouvent subitement les adresses de leurs administrés et n’hésitant pas à se pointer devant leur portail, la figure enfarinée : « bonjour, ou lé bien ? Moin la besoin voir ou pou cause un peu… ». On connaît le refrain.
Il faut bien comprendre que le travail municipal s’inscrit dans le temps long. Il se construit avec assiduité et régularité, sur le terrain, au contact des habitants, dans les réunions de quartier, les associations, les événements locaux, parfois dans des moments beaucoup moins glamour que les périodes électorales. Être là quand il n’y a pas de caméras. Quand il n’y a rien à gagner, électoralement parlant. C’est précisément là que se joue la crédibilité.
C’est pour cela qu’on parle souvent de la fameuse “prime du sortant”. Elle n’est pas automatique, ni injuste par nature. Elle récompense, quand elle existe, les maires qui ont fait le job pendant toute la mandature. Ceux qui ont entretenu un lien constant avec leurs administrés, directement ou via leurs adjoints, leurs conseillers municipaux ou leurs équipes au niveau du cabinet. Ceux qui ont incarné la fonction au quotidien, dans les décisions comme dans les difficultés. En accueillant toujours humainement en mairie ou dans les mairies annexes les administrés lorsque ces derniers avaient besoin du service public.
Une logique qui, toutefois, ne bénéficie pas uniquement aux exécutifs en place. Dans de nombreuses communes, certains leaders de l’opposition ont, eux aussi, mené un travail de fond, patient, souvent ingrat, mais réel. Présents sur le terrain, actifs dans le débat local, identifiés par les habitants comme des alternatives crédibles. Pas tous, évidemment. Mais ceux-là existent, et ils peuvent récolter les fruits d’un engagement constant, d’un militantisme de longue haleine. N’en parlons plus quand ceux-ci/celles-ci sont soutenues par des grosses écuries ou collectivités et qu’elles peuvent distribuer quelques contrats.
À l’inverse, chaque scrutin municipal voit surgir le même phénomène : des candidats ou candidates sortis de nulle part, apparus deux ou trois mois avant l’échéance, comme un cheveu sur la soupe. Des profils parfois compétents, parfois sincères, mais persuadés qu’un bon CV, un logo bien choisi et quelques réunions publiques parfois « arrosées » de milliers d’euros, suffiront à convaincre. Comme si l’on pouvait débarquer dans une commune, découvrir ses enjeux à la va-vite, et prétendre en devenir le capitaine en un claquement de doigts.
Or les habitants ne sont pas dupes. Surtout à l’heure où les réseaux sociaux font fureur. Tout se sait. Même quand « fourmis i passent sous la terre ». Les électrices et électeurs savent qui a été là. Qui a suivi les dossiers. Qui a répondu présent quand il fallait écouter, expliquer, parfois encaisser. N’oublions pas que les municipales – élection la plus populaire avec la présidentielle – sont une élection de proximité, au sens le plus concret du terme. Elles sanctionnent l’amateurisme et valorisent la constance.
En politique locale comme à l’école, il n’y a pas de secret : on ne réussit pas un examen sérieux en révisant la veille. On peut tenter un coup. Parfois, ça passe. Mais la plupart du temps, ça casse ! La note tombe, implacable. Et elle récompense ceux qui ont travaillé tout au long de l’année, ou de la mandature. Pas les aventuriers. Vous l’aurez compris, les municipales ne se gagnent pas en un ou deux mois. Elles se construisent sur plusieurs années. Le reste n’est qu’illusion… ou pari risqué.
La droite beaucoup plus divisée que la gauche ; Accord Bello-Bareigts/PLR-PS à Saint-Paul et à Saint-Denis
A ce jour, pour ces élections municipales et communautaires, qui se dérouleront les 15 et 22 mars prochains, nous en sommes à 120 listes dont trois menées par des députés toujours en fonction : Emeline K’Bidi (Progrès) dans la 4ème circonscription ; Jean-Hugues Ratenon (LFI) dans la 5ème circonscription et Frédéric Maillot (PLR) dans la 6ème circonscription.
Il y en avait 165 aux municipales de 2020. Nul doute que d’ici au 26 février prochain, date limite de dépôt de candidatures, nous avoisinerons les 130-150 listes. Il va sans dire aussi que d’ici au 26 février prochain, certains candidats déjà « déclarés » notamment via les réseaux sociaux, n’iront peut-être pas jusqu’au bout, faute de pouvoir constituer une liste. Une tâche qui n’est pas donnée à tout le monde. Il faut 29 colistiers dans les petites communes dont le nombre d’habitants ne dépasse par 10 000 ; 39 colistiers dans les communes de jusqu’à 40 000 habitants et plus de 50 dans les grandes communes (Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Pierre, Tampon…) Autrement dit, il est plus facile de parader sur les réseaux sociaux, de moucater – « la langue n’a point lo zos « – que de véritablement construire une équipe. Causer, c’est facile mais construire, bâtir, c’est une autre paire de manches.
Par ailleurs, ces municipales seront, comme après chaque scrutin, l’occasion de redéfinir la carte électorale. Rappelons qu’au soir du second tour des municipales de juin 2020, la carte électorale des mairies locales était la suivante :
11 communes de droite (Trois-Bassins avec Daniel Pausé, Les Avirons avec Eric Ferrère, l’Etang-Salé avec Jean-Lacouture jusqu’en 2022, puis Mathieu Hoarau, Saint-Pierre avec feu Michel Fontaine jusqu’en avril 2025 puis David Lorion, le Tampon avec André Thien-Ah-Koon jusqu’en 2024 puis son fils Patrice, Entre-Deux avec Bachil Valy, Petite-Ile avec Serge Hoareau, Saint-Philippe avec Olivier Rivière, Salazie avec Stéphane Fouassin jusqu’en septembre 2023 puis Sidoleine Papaya, Bras-Panon avec Jeannick Atchapa et Sainte-Marie avec Richard Nirlo);
2 communes du centre (Saint-Louis avec Juliana M’Doihoma et Saint-Leu avec Bruno Domen), soit au total 13 communes de droite-centre ; 8 communes de gauche (Le Port avec Olivier Hoarau, Saint-Paul avec Huguette Bello jusqu’en juillet 2021 puis Emmanuel Séraphin, Cilaos avec Jacques Técher, Saint-Joseph avec Patrick Lebreton, Saint-Benoit avec Patrice Selly, Saint-André avec Joé Bédier, Sainte-Suzanne avec Maurice Gironcel et Saint-Denis avec Ericka Bareigts) ; 1 commune Trait-d’Union (Sainte-Rose avec Michel Vergoz) ; 1 commune RN/Rassemblement National (Plaine-des-Palmistes avec Johnny Payet) et 1 commune écologiste/CREA (La Possession avec Vanessa Miranville).
L’on peut dire qu’actuellement la couleur dominante de la carte électorale des municipales tire sur le bleu-bleu pâle avec 13 communes de droite-centre, mais tout en sachant que la gauche dispose des deux plus grandes municipalités (Saint-Paul en termes de superficie et Saint-Denis, le chef-lieu, en nombre d’habitants).
Qu’en sera-t-il au soir du 22 mars prochain ? L’un des enjeux politiques de ces municipales demeure en effet le rapport des forces politiques en présence, d’abord entre la droite (Nouvel R’) et la gauche (Union des forces progressistes d’Huguette Bello et la Plateforme réunionnaise d’Ericka Bareigts). Sans oublier le RN qui a été finaliste dans les 7 circonscriptions de l’île aux législatives de 2024, suite à la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale à l’issue des Européennes.
Grosso modo pour les municipales à venir, la droite Nouvel R’ (mouvement politique présidé par Cyrille Melchior) va présenter (ou soutenir) 19 candidats : Gilles Hubert à la Possession, Cyrille Melchior à Saint-Paul, Daniel Pausé à Trois-Bassins, Bruno Domen à Saint-Leu, Eric Ferrère aux Avirons, Mathieu Hoarau à l’Etang-Salé, David Lorion à Saint-Pierre, Juliana M’Doihoma à Saint-Louis, Patrice Thien-Ah-Koon au Tampon, Serge Hoareau à Petite-Ile, Olivier Rivière à Saint-Philippe, Sophie Arzal à la Plaine-des-Palmistes, Sidoleine Papaya à Salazie, Jeannick Atchapa à Bras-Panon, Jean-Marie Virapoullé à Saint-André, Daniel Alamélou à Sainte-Suzanne, Richard Nirlo à Sainte-Marie et René Paul Victoria à Saint-Denis. Rappelons qu’à Saint-Benoit, Nouvel R’ est représenté par deux élus de la majorité municipale sortante, à savoir les conseillers départementaux Bruno Robert et Augustin Cazal (qui étaient physiquement présent d’ailleurs en juin drenier à l’Etang-Salé lors du lancement officiel du mouvement). Bruno Robert et Augustin Cazal qui seront aux prochaines municipales sur la liste menée par Patrice Selly, maire sortant.
La droite version Didier Robert sera présente également dans la bataille avec Didier Robert lui-même à Saint-Paul, Thierry De Gérus à Salazie, Farid Mangrolia (Horizons) à Saint-Denis et quelques autres candidats dans des communes de l’île.
La gauche (UFP/Union des forces progressistes d’Huguette Bello) soutiendra 15 candidats : Emmanuel Séraphin à Saint-Paul, Ericka Bareigts à Saint-Denis, Karine Nabénésa à Saint-Leu, Laïla Nassibou à Cilaos, Marie-Claude Zettor aux Avirons, Vincent Defaud à l’Etang-Salé, Fabrice Hoarau à Saint-Louis, Alexis Chaussalet au Tampon, Anielle Payet à Saint-Philippe, Patrick Lebreton à Saint-Joseph, Lorraine Nativel à Petite-Ile, Jean-Hugues Ratenon à Saint-Benoit, Patricia Profil à Bras-Panon, Joé Bédier à Saint-André, Frédéric Maillot à Sainte-Suzanne et Céline Sitouze à Sainte-Marie.
La gauche (Plateforme réunionnaise version Ericka Bareigts (PS) va soutenir 10 candidats : Ericka Bareigts elle-même à Saint-Denis, Emmanuel Séraphin à Saint-Paul, Vincent Rivière à la Possession, Olivier Hoarau au Port, Jacques Técher à Cilaos, Lydie Delgard à l’Etang-Salé, Ruth Dijoux à Saint-Pierre, Rémy Bourgogne à Saint-Louis, Patrice Selly à Saint-Benoit et Christian Annette à Sainte-Marie. Il faut rappeler que Jacques Técher, maire de Cilaos avait fait partie de la Plateforme réunionnaise.


Notons aussi que, concernant les deux grosses communes que sont Saint-Paul et Saint-Denis, Huguette Bello et Ericka Bareigts ont passé un accord qui repose sur l’union de la gauche PLR-PS (ou UFP/Plateforme) dès le 1er tour du scrutin. Aussi, on retrouve des élus PS sur la liste qui sera conduite par Emmanuel Séraphin à Saint-Paul et des élus PLR sur la liste qui sera menée par Ericka Bareigts à Saint-Denis. On retrouvera notamment un très proche de la présiente de Région sur la liste de Bareigts, en la personne de Patrice Bédier (fils du préfet Jean-Marc Bédier et neveu de Joé Bédier, maire de Saint-André) ; Il s’agit d’un membre du cabinet de la Région, qui a longtemps vécu en métropole. Tous ces élus aussi bien à Saint-Paul qu’à Saint-Denis seront en position éligible. Ce deal passé entre PLR et PS dans ces deux communes ne seront, en revanche plus d’actualité, pour les Verts d’EELV de Jean-Pierre Marchau à Saint-Paul ; Lequel a dénoncé ce jeudi 5 février, la fin de cette alliance voulue manifestement par le maire de Saint-Paul. Voir ci-dessous post de Marchau :
Ce deal politique à Saint-Denis et à Saint-Paul ne veut pas dire pour autant que la bataille du leadership à gauche a été définitivement enterrée entre Bello et Bareigts. Bien au contraire. Mais les deux leaders féminins de cette gauche réunionnaise savent ranger leurs divergences lorsqu’il s’agit de l’intérêt électoral commun, à savoir la victoire en étant unie dès le premier tour dans les grosses communes.
Dans les autres communes, chaque parti défendra ses couleurs, dans le cadre d’un pacte de non-agression, avec la promesse de se retrouver en bonne intelligence au second tour derrière le candidat de gauche le mieux placé au soir du 15 mars. Parce que la gauche (PL-PS-Progrès et de ce qu’il en restera du PCR), contrairement à la droite réunionnaise – sans doute la plus bête du monde – n’a pas perdu de vue que ces municipales vont considérablement conditionner les futures échéances que sont les régionales et départementales de 2028 ainsi que les sénatoriales de 2029. Il lui faudra de gros pourvoyeurs de voix : Saint-Paul, Saint-Denis en font partie. Et cette gauche, bien que pas toujours d’équerre, fera tout pour maintenir ces deux communes dans son escarcelle. Pour le leadership, ce sera vu en temps voulu. Au moment des régionales. Ericka Bareigts, 59 ans, ancienne ministre, a donné un petit aperçu de sa capacité à mobiliser le week-end dernier.
Du jamais vu de mémoire de journaliste (je parle de moi ; 40 ans au compteur professionnel). Je me rappelle des 100 000 personnes rassemblées au parc de la Trinité pour le Pape Jean-Paul II en 1989, des 25 000 personnes dans les rues de Saint-Denis pour la défense de la sur-rémunération des fonctionnaires en 1997, des 15 000 à 20 000 personnes mobilisées à Saint-Denis en 2000 contre le projet de bidépartementalisation (le fameux « coup’ pas nous » initié, entre autres, par Jean-Paul Virapoullé qui a bouleversé la carte électorale des municipales de 2001). Je me rappelle des 3 000 militants au meeting de David Lorion à Saint-Pierre fin de l’année dernière, près de 2 000 à l’occasion de l’annonce de candidature d’Emmanuel Séraphin à Saint-Paul, près de 2 000 également pour l’inauguration de la permanence de Patrice Tak au Tampon il y a trois semaines … mais, de toute ma carrière (qui n’est pas terminée, certes), je n’ai pas souvenir d’un rassemblement de 7 000 à 8000 personnes uniquement pour des élections municipales. Ericka Bareigts l’a fait. Son staff a même dû faire ouvrir un deuxième stade pour accueillir la foule de militants. Une belle démonstration de force !
19 candidats Nouvel R’, 15 de l’UFP, 10 du PS/Plateforme… Il y a aussi le Progrès qui soutiendra 4 candidats : Philippe Robert à la Possession, Emeline K’Bidi à Saint-Pierre, Philippe Admeth à Saint-Benoit et Patrick Lebreton, qui défend à la fois les couleurs de l’UFP et du Progrès, son parti, à Saint-Joseph.
Le PCR sera quant à lui derrière Jean-Yves Langenier au Port, Ruth Dijoux à Saint-Pierre, Frédéric Maillot à Sainte-Suzanne et les autres candidats ayant le soutien du l’Union des forces progressistes et/ou du PS. Tous ces leaders pensent bien évidemment aux régionales de 2028.
La droite la plus bête du monde : exemples de Saint-Paul, Saint-André, Salazie, Sainte-Marie où les égos priment sur le collectif
Le RN (Rassemblement National) a investi 7 candidats : Johnny Payet, maire sortant de la Plaine-des-Palmistes, Jean-Yves Morel à Saint-Paul, Harold Fontaine à Petite-Ile, William Courtois à Sainte-Rose, Lyse-May Turpin à Bras-Panon, Valérie Legros à Sainte-Marie et Jean-Max Nativel à Saint-Denis. Le Parti de Marine Le Pen apportera son soutien (directement ou implicitement) à Jonathan Rivière à Saint-Pierre, Sabrina Ramin à Saint-Benoit, Laurent Virapoullé à Saint-André et à Nadia Ramassamy (courant Ciottiste) à Sainte-Suzanne.
Joël Damour, adjoint d’Olivier Rivière à Saint-Philippe, en dissidence avec son maire depuis le dernier conseil municipal, serait lui aussi candidat à ce scrutin. Il a demandé le soutien du RN. Idem pour Jean-Michel Sautron, à Saint-André, qui lui est carrément encarté RN. Mais Jean-Jacques Morel semble lui préférer Laurent Virapoullé et ne s’est pas encore décidé concernant Damour à Saint-Philippe parce qu’il est dit que Jean-Jacques Morel, qui devrait se présenter dans la cinquième circonscription (de Saint-André à Saint-Philippe en passant par toutes les communes de l’Est) aux prochaines législatives, attend beaucoup de l’électorat d’Olivier Rivière à Saint-Philippe, de Laurent Virapoullé à Saint-André, de Sabrina Ramin à Saint-Benoit… Le RN qui pourrait également apporter ses voix au second tour à des candidats de droite les mieux placés au second tour dans toute l’île.
Pour tous les autres candidats qu’on a tendance à qualifier de « petits » car ne faisant pas partie d’une grosse écurie politique, ils tenteront d’atteindre les 5% des suffrages afin de pouvoir fusionner au second tour avec l’espoir d’obtenir « une place bordage ». Rappelons que ceux qui feront 10% de voix et plus pourront se maintenir dans le cadre d’une triangulaire, voire quadrangulaire.
Venons-en maintenant au cas de Saint-Paul, qui me permettra de vous parler de la droite la plus bête du monde, qui n’arrête pas de se tirer dans les pattes. Pas besoin de vous faire un dessin pour vous faire comprendre que la droite sera tout, sauf unie, dans cette grande commune de l’Ouest. Cyrille Melchior et Didier Robert feront chacun route à part. Parce que leurs soutiens en ont décidé ainsi.
Tout laisse à penser que Cyrille Melchior, déjà président du Département et ce, jusqu’en 2028, ne souhaitait pas vraiment se présenter à ces municipales. D’ailleurs, il a même démissionné de son mandat de conseiller municipal de la ville de Saint-Paul depuis 2021. Paris n’était pas non plus très chaud à sa candidature à Saint-Paul. Il fallait trouver un candidat d’union pour cette grande commune. Les discussions ont débuté en 2024. Il avait été question à un moment donné de Didier Robert avec qui le président du Département s’était entretenu à plusieurs reprises.
Mais il paraît que l’entourage de Melchior, parmi lesquels Fabrice Marouvin et consorts, n’en voulaient absolument pas. Marouvin avait été viré du cabinet de la Région lors du second mandat du président Didier Robert. Il y a du règlement de comptes dans l’air. Idem parmi les soutiens de Didier Robert, tels que Dominique How-Pan-Hi et Jean-Hugues Mercher, qui ne voulaient strictement pas entendre parler d’une alliance avec Cyrille Melchior à Saint-Paul.

Face à cette Chicaya, le président du Département a donc fini par se lancer dans la bataille en déclarant sa candidature le 25 octobre. Didier Robert en a fait de même deux mois plus tard, le 22 décembre. D’aucuns pensent qu’en cas de duel entre Séraphin et Melchior, le camp de Didier Robert mettra tout en œuvre pour plomber le candidat de la droite. L’inverse est tout aussi envisageable si c’est Didier Robert qui parvient à atteindre la finale. Une triangulaire ne serait pas non plus exclue. Ce qui fera le jeu du maire sortant.

La droite version Robert (Objectif Réunion) et celle de feu Fontaine, représentée aujourd’hui par Cyrille Melchior à travers Nouvel R’ n’ont visiblement toujours pas enterré la hache de guerre des régionales de 2021. Scrutin à l’issue duquel, certains élus ont accusé l’ancien maire de Saint-Pierre d’avoir fait battre Didier Robert au profit d’Huguette Bello. Il y a comme un air de vengeance qui plane sur ce scrutin à Saint-Paul, quoi qu’en disent les protagonistes ! Quant à l’attitude de Joseph Sinimalé, l’ancien maire de Saint-Paul, je ne saurai l’analyser. Au départ il était à fond du côté de Melchior et donc viscéralement contre Didier Robert. Maintenant, il ne jure plus que par Didier Robert devant lequel il se prosterne, matin et soir. Ça dépasse le cadre rationnel.
La droite la plus bête du monde, plus préoccupée par les problèmes d’égo, ne s’illustre malheureusement pas qu’à Saint-Paul. Dans l’Est, l’exemple est tout aussi flagrant avec les candidatures des frères Virapoullé Jean-Marie, le conseiller municipal de l’opposition, et Laurent, le cadet, entrepreneur, qui a envie de s’essayer en politique après être resté longtemps dans l’ombre de son aîné. Tous deux vont croiser le fer avec le sortant Joé Bédier. Chacun de son côté. Comme des enfants gâtés.
Toujours dans l’Est, à Salazie, Stéphane Fouassin, ancien maire « centriste/Objectif Réunion » du cirque (1998-2023), aujourd’hui sénateur Macroniste, soutient le candidat Jimmy Armand contre Sidoleine Papaya (Nouvel R’), maire sortante qu’il avait pourtant lui-même intronisée en septembre 2023 à la mairie sous les applaudissements d’André Thien-Ah-Koon et de Cyrille Melchior. Stéphane Fouassin qui soutient aussi Richard Nirlo (Nouvel R’) à Sainte-Marie. Comprenne qui pourra ! A Sainte-Marie justement, deux élus de droite vont se livrer bataille entre eux : Jean-Louis Lagourgue et Richard Nirlo, deux anciens amis de plus 30 ans. Je vous l’ai dit : on marche sur la tête à droite !

A Sainte-Suzanne : quand la politique tourne au « manger cochon » à gauche
J’ai gardé le meilleur de ces municipales 2026 pour la fin : Sainte-Suzanne, où se joue depuis quelques semaines déjà un grand numéro de contorsion politique, signé Maurice Gironcel, le patron du PCR (Parti Communiste Réunionnais). À Sainte-Suzanne, où la politique locale ressemble de plus en plus à un spectacle de cirque… sans filet. Avec au centre de la piste, un artiste chevronné : Maurice Gironcel, 77 printemps, maire sortant et désormais champion toutes catégories de la pirouette idéologique synchronisée, qui durant plusieurs mois, avaient fait croire à son entourage qu’après sa condamnation il passera la main à un jeune militant communiste. Il avait même cité en exemple René Sotaca, l’actuel conseiller départemental.

Rappelons le feuilleton, pour les militants communistes qui auraient raté un épisode (ou plusieurs). Juin 2024, législatives : Gironcel, aux côtés d’Ericka Bareigts, patronne du PS local, maire de Saint-Denis et présidente de la Plateforme réunionnaise, intime à ses troupes de voter Alexandre Laï Kane Cheong dit « Alec » du Parti Croire et Oser, contre Frédéric Maillot. Message reçu cinq sur cinq. Discipline de parti oblige. Malgré tout, c’est Frédéric Maillot qui remporte la victoire aux législatives. Première claque pour Gironcel.


Mars 2026, municipales : Le même Gironcel, sans rougir (ou alors très peu), demande désormais aux mêmes militants de voter Frédéric Maillot, contre Alexandre Laï Kane Cheong et à peu près tout ce qui bouge. Entre-temps, changement de décor : exit Ericka Bareigts, bonjour Huguette Bello, la présidente de PLR et présidente de Région avec laquelle Gironcel est bras dessus, bras dessous. Le PCR version Sainte-Suzanne passe ainsi du PS au PLR avec la souplesse d’un gymnaste olympique sous amphétamines politiques. On imagine sans peine la tête des militants : « Camarade maire, on vote pour qui déjà ? Celui d’hier, celui d’avant-hier ou celui de demain ? »

La stratégie est si limpide qu’elle en devient mystique. Résultat : même chez les fidèles, la foi vacille. René Sotaca, conseiller départemental PCR, et Expédit Totoro, adjoint municipal maison, ont jeté l’éponge, ou plutôt changé de barque, en rejoignant Eddy Balbine, ancien DGS (Directeur général des services) de la mairie sous Gironcel. Quand les piliers du temple commencent à démonter l’autel, c’est rarement bon signe.
Et quand Bergamin Velliama, soutien financier historique, fidèle parmi les fidèles décide, lui aussi, de virer casaque, on ne parle plus de frémissement, mais de mini séisme politique. Alors quoi ? Fatigue ? Désorientation ? Ou stratégie kamikaze assumée ? À 77 ans, Maurice Gironcel semble avoir opté pour le va-tout : ça passe, ou ça casse !

Dans les coulisses, les langues vont bon train. Certains murmurent un « deal » qui aurait été passé avec la présidente de Région : à savoir soutien de ce qu’il reste du PCR à Frédéric Maillot (qui, rappelons-le, n’a jamais été encarté PCR, en dépit de ce que veut faire « gober » Elie Hoareau aux militants communistes) contre le « recasage » de deux fidèles gironceliens (Dejean et Leperlier) à la Région, ainsi que l’intégration de la fille cadette de Gironcel toujours à la pyramide inversée, mais à l’antenne de Saint-Benoit. Sans compter, cerise sur le gâteau, une future candidature de Nadine Gironcel, la fille aînée, dans la 6ᵉ circonscription aux prochaines législatives à la place de Frédéric Maillot.
« Si domoune vilain nana encore, domoune couillon na pi ! »
Qu’en pense Leïla Langenier, la fille de l’ancien maire de Sainte-Suzanne, feu Lucet Langenier et actuelle suppléante du député Maillot ? Qu’en est-il réellement de ce « deal » ? Info ou intox ?


À ce stade, difficile à dire. Mais une chose est sûre : à Sainte-Suzanne, la politique ne se lit plus comme un programme… mais comme un roman de gare, avec retournements improbables, alliances express et héros fatigués. Bien malin celui qui pourra dire quel est le candidat (ou la candidate) qui sortira du chapeau de la majorité des électeurs au terme de ces municipales 2026. En tenant compte d’un principe quand même : ne jamais sous-estimer personne, « grand » ou petit » candidat. C’est valable à l’échelle de toute l’île.
Personne ne sait ce qu’il se passe dans la tête d’un électeur qui se retrouve dans l’isoloir. Personne n’est à l’abri d’une surprise. En revanche, ce qui est sûr, à l’ère des réseaux sociaux où tout se sait, c’est que les alliances contre nature, celles notamment qui ne manqueront pas d’arriver après le premier tour, ont de plus en plus de mal à passer chez les électeurs car, comme le dit le dicton créole, « si domoune vilain na encore, domoune couillon na pi ! ». Difficile de les tourner en bourrique. C’est peut-être pour cette raison que Thierry Robert a préféré choisir un cheval (blanc) pour aller à la conquête de la mairie de Saint-Leu avec 3 000 personnes à ses côtés. Il ne lui manquait plus qu’un masque, une cape noire et une épée. La prochaine, promis, ce sera à dos d’éléphant ?
Y.M.
(montrougeyves@gmail.com)

















11 commentaires
L'âne qui décore la crèche
Ils ne révisent pas , ils jouent au »colle pipe » un jeu d’enfant !
Nicolas cerveau
Vous avez raison Clotagatilde, mais RPV sait pertinemment qu il ne gagnera pas, son seul but, réaliser un score honorable et ensuite postuler pour les législatives. Pour cela il utilise les petites mains pour sa campagne tout en sachant qu’il ne pourra rien leur donner en retour, certains le suivent par amitié et ceux-là tiennent dans une cabine téléphonique et les autres ignorent totalement sa stratégie et ne connaissent rien en politique. Quant à Richenel, il existe qu à travers RPV mais il est plus un repoussoir qu autre chose, je me demande comment ai je fait pour leur faire confiance pendant des années avant de m apercevoir de leur incurie maladive.
Clotagatilde
A Saint-Denis c’est plié, le jeu est fait depuis un bon moment déjà. La faute à une opposition inexistante, la faute à un ancien maire RPV, qui depuis son échec de 2020 à déserté le terrain, qui passe son temps à éliminer les jeunes qui émettent l idée de renouvellement de la classe politique à droite. Le fait d avoir réalisé 13% aux dernières législatives, il pense être le seul légitime à droite, il oublie que JJ Morel à fait le double., c’est fini pour RPV.
Je ne suis pas pro Ericka, mais force est de constater que la grande majorité des dionysiens l apprécient, les résultats tomberont le 15 mars dès le premier tour. A René Paul et à Richenel, vous portez une très grande responsabilité dans cette débâcle, vivement 2032 car pour cette fois-ci, c’est cuit.
Du St-Pierre n’a rien ?
Et Saint-Pierre alors, un grand commune coma et en parle pas, c’est quoi ce journalisme politique là.
Allez fais le taf mon gars
Jul
Selle soutenu par lBaregts alors qu’il est macroniste. Laurent Virapoullé et Nadia Ramassamy, macronistes eux aussi sont soutenus par la droite et le RN.
mprenne qui peut..
midiçamidirien
ainsi que l’intégration de la fille cadette de Gironcel toujours à la pyramide inversée, mais à l’antenne de Saint-Benoit. Sans compter, cerise sur le gâteau, une future candidature de Nadine Gironcel, la fille aînée, dans la 6ᵉ circonscription aux prochaines législatives à la place de Frédéric Maillot.
En un mot GIRONCEL ne soutient le Maillot guitariste que pour que ses deux filles obtiennent des postes bien placés.. et le Maillot qui comprend rien à la politique est entrain de se la faire mettre bien profondément. et il va le sentir passer dans les années à venir
st paulois
Gironcel BELLO i tient a li par les c….. si li écoute pas c la case prison , BELLO le bras lé longue et nana juges lé dans son poche.
Laurence
À la possession il y a un jeu de dupe qui se prépare , fontaine occupe les quartiers où Miranville est impopulaire pour capter ces voix pour qu’elles ne partent pas dans l’opposition et ensuite il rejoindra Miranville au second tour . La surprise sera grande pour ses colistiers . Fontaine finira 1er adjoint de Miranville
C LI
Pour Selly, c’est un manzer cochon ! Macroniste/socialiste/Melchior et plus…
ANONYME
c’est le CASSOULET 974
Y fait péter
Avec saucisse aux tangues !