Petit et humble coup de gueule de rentrée de la part de quelqu’un qui va vivre sa énième campagne électorale des municipales : moi, journaliste depuis près de 40 ans. Les années passent mais, visiblement, certaines méthodes ne changent pas. C’est toujours la même rengaine : mensonges, agressivité verbale, violences parfois physiques, chantages à l’emploi (ti contrat PEC), pressions, moucatages, ladilafé…

Je n’en fais évidemment pas une généralité, mais force est de constater que certains candidats ont toujours tendance à prendre les électeurs pour des « couillons » de première. Je ne dis pas que tous les électeurs sont définitivement futés, mais la grande majorité d’entre eux ne « gobent » plus bêtement tout ce que certains candidats cherchent à leur faire avaler, y compris des stratégies électorales complètement tirées par les cheveux en essayant de leur faire prendre des vessies pour des lanternes Je ne vise personne, suivez mon regard, comme dirait l’autre !

Bref, vous l’aurez constaté, à mesure que l’échéance des municipales de 2026 approche, le débat démocratique semble céder la place à un climat délétère, fait d’invectives, de menaces et de dérapages indignes. Comme si, à court d’idées ou de projet, certains avaient choisi l’insulte comme principal argument électoral. Pourquoi cette dérive ? Et surtout, à qui profite-t-elle ?

Pourquoi s’attaquer aux personnes plutôt qu’aux idées ? Pourquoi salir des noms, parfois même ceux des morts, au lieu de confronter des bilans, de discuter des propositions, d’éclairer les citoyens sur l’avenir de leur commune ? La question mérite d’être posée tant les exemples récents choquent et inquiètent.

Il y a deux semaines, à Saint-Pierre, un militant a publiquement accusé feu Michel Fontaine, ancien maire de la commune, d’être « à la tête d’un réseau de proxénétisme et de trafic de drogue ». Des propos d’une extrême gravité, visant un homme disparu, qui ne peut ni se défendre ni répondre. La violence symbolique est totale, l’indignité aussi. Sans compter que celui-là même qui avait lancé de telles accusations devrait regarder la poutre dans ses yeux (ou dans ceux de certains membres de sa famille très proche) plutôt que la paille dans l’œil d’un homme mort.

Le week-end dernier, à l’Étang-Salé, un chef d’entreprise, militant d’un candidat qui souhaite reprendre son fauteuil de maire, s’en est pris verbalement à un proche du maire sortant : un homme de 80 ans. Que peut bien apporter à la démocratie l’agression d’un octogénaire, sinon la honte et le malaise ? Harry Emma, l’actuel 1er adjoint du maire sortant, s’est fendu sur son Facebook d’un post bourré de bon sens.

Fin de l’année dernière, à Saint-Leu, un autre épisode glaçant : un « gros bras » avait proféré des menaces de mort à l’encontre des parents d’un autre candidat, ancien maire. Là encore, le débat politique bascule dans l’intimidation, la peur et la loi du plus fort.

Ces faits ne sont pas isolés. Aux quatre coins de l’île, les agressions verbales se multiplient, jour après jour, au fil d’une campagne qui n’a même pas officiellement commencé et qui semble déjà perdre toute boussole morale. Comme si l’élection municipale, pourtant l’échelon le plus proche des citoyens, devenait un champ de bataille où tous les coups seraient permis.

I have a dream

Utiliser l’insulte à des fins électoralistes est le signe d’un échec. Échec du débat, échec de la pédagogie politique, échec du respect de l’électeur. Car insulter, ce n’est pas convaincre. Menacer, ce n’est pas rassembler. Salir, ce n’est pas gouverner. S’attaquer à une personne plutôt qu’à son bilan ou à ses idées, c’est fuir le fond. C’est reconnaître, implicitement, qu’on n’a rien de suffisamment solide à opposer sur le terrain des propositions concrètes, du développement économique, du vivre-ensemble ou du bien-être des administrés.

I have a dream : celui d’une campagne municipale calme, digne, apaisée. Une campagne sans dénigrement, sans mensonge, sans folklore inutile ni spectacles affligeants. Une campagne recentrée sur l’essentiel : le bilan des équipes sortantes et les projets des candidats pour l’avenir de leur commune.

I have a dream : une campagne moins agressive sur les réseaux sociaux, devenus trop souvent le déversoir de toutes les haines, de toutes les biles, où l’anonymat et l’impunité semblent tout autoriser. Pendant ce temps, les médias (radios, télévisions, presse écrite et en ligne) sont, eux, strictement encadrés par les règles de l’ARCOM, sous peine d’amendes ou de sanctions. Deux poids, deux mesures, au détriment du débat public.

I have a dream : une campagne électorale propre, saine, sans tentatives d’achats de voix sur les plus vulnérables, sans promesses dont on sait qu’elles ne seront jamais tenues, mais aussi sans excès de zèle de la part de militants encore assez couillons pour croire que la violence, verbale ou physique, rend service à leur candidat. Elle ne fait que salir son image et affaiblir la démocratie.

Les candidats ont une responsabilité immense : celle de tenir leurs troupes, de condamner clairement les dérapages, de ne jamais fermer les yeux lorsqu’un soutien franchit la ligne rouge. Le silence, dans ces cas-là, vaut approbation.

Les municipales devraient être un temps de débat local, de proximité, d’écoute. Elles ne doivent pas devenir le théâtre de règlements de comptes, d’intimidations ou de haine gratuite. À force d’abaisser le niveau, c’est la confiance des citoyens qui s’érode, et avec elle, la participation démocratique.

La politique mérite mieux que l’insulte. Les électeurs méritent mieux que la peur. Et nos communes méritent des campagnes à la hauteur des enjeux humains, sociaux et économiques qui les attendent. Mais bon, cela dit, je ne fais pas beaucoup d’illusions quand on voit ce qu’il se passe au plus haut niveau avec tous ces clowns qui nous dirigent à l’international et qui se conduisent comme des gamins dans un magasin de jouets; Ils deviennent fous : « le Groenland, c’est à moi, faut me le rendre ! »; « La Palestine, c’est à moi ! »; « L’Ukraine, c’est à moi »; « Le budget 2026, ce sera à coup de 49-3, faute de majorité ! »… Je ne vais pas vous refaire le film débile.

Y.M.

(montrougeyves@gmail.com)