Les administrateurs CGT/CGTR des OPCO tirent la sonnette d’alarme. Selon eux, les récentes décisions gouvernementales et les économies imposées mettent en péril la gestion paritaire de la formation professionnelle, fragilisent les services aux entreprises et menacent des centaines d’emplois. Ils dénoncent un déficit structurel de France compétences qu’ils attribuent à des choix politiques depuis 2018 et appellent à un dialogue immédiat pour préserver la qualité des formations et la proximité avec les branches professionnelles.

 

« Les administratrices et administrateurs CGT /CGTR tiennent à affirmer publiquement leur position face aux orientations budgétaires et organisationnelles imposées par le gouvernement, ainsi qu’aux préconisations issues du rapport IGAS « Contrôle de l’efficience comparée des 11 opérateurs de compétences » et aux décrets publiés ces dernièr es semaines.

Ce qui se passe aujourd’hui dans les OPCO n’est ni une surprise ni un accident : c’est le résultat logique des décisions politiques prises depuis 2018, qui sont aussi à l’origine du déficit abyssal de France compétences, qu i atteint désormais près de 12 milliards d’euros.

Ce déficit n’est pas dû à une trop grande générosité qu’il faudrait aujourd’hui résorber parce qu’on en aurait trop abusé : il résulte du choix du président Macron et de ses gouvernements successifs, de se servir de l’apprentissage comme variable d’ajustement pour faire baisser le taux de chômage des plus jeunes à des moments électoraux opportuns.

La libéralisation de l’apprentissage et les aides massives qui l’ont accompagnée ont fait exploser le nombre de contrats et donc le nombre de dossiers à financer par les OPCO. Comme les financements n’ont pas suivi, cette fuite en avant a créé un déséquilibre structurel qui a asséché la capacité de financer les autres dispositifs : formation des salarié·es en poste, reconversions professionnelles, accompagnement des TPE-PME, politiques régionales. Pour continuer à payer les formations, France compétences emprunte toujours davantage aux banques, générant des dizaines de millions d’euros d’intérêts chaque année.

Aujourd’hui, sous couvert de faire des économies devenues vitales, s’organise de manière de plus en plus assumée le démantèlement annoncé pur et simple des OPCO et par  conséquent de la gestion paritaire de la formation professionnelle, ce que la CGT /CGTR refuse !

Ces économies passent aujourd’hui par une demande de la DGEFP d’une réduction de 200 millions d’euros de frais de fonctionnement d’ici 2028, dont 100 millions dès 2026, tout en maintenant l’ensemble de leurs missions. C’est impossible sans conséquences immédiates pour les équipes, pour la proximité avec les TPE-PME et pour l’accompagnement aux branches.

A terme, le coup fatal serait le transfert de la gestion de l’apprentissage à l’agence de services et paiements (ASP), rattachée au ministère, dès 2027. Ce transfert signifierait la disparition du contrôle des branches et des OPCO qui ont pu identifier des dérives massives : formations non qualifiantes, certifications fantômes… Cette préconisation des rapporteurs IGAS n’est pas à l’ordre du jour selon la DGEFP, mais tout porte à croire qu’elle sera mise à exécution compte tenu que d’autres préconisations n’ont pas tardé à être mises en œuvre dès le lendemain de la publication dudit rapport.

En effet, les décrets publiés consacrent la baisse de moyens pour la formation, pour les investissements de CFA, pour la formation des tuteurs et des maîtres d’apprentissage et la multiplication des contrôles sans moyens humains supplémentaires.

Ces économies ne sont pas neutres : elles organisent la suppression d’emplois, la réduction des services aux entreprises, la fragilisation des CPNE, et la disparition progressive de la capacité des OPCO à intervenir sur la qualification réelle des salarié·es.

Ces mesures ne visent ni la qualité, ni la transparence, ni l’efficacité : elles fragilisent l’action des OPCO et détournent leurs équipes de leurs missions fondamentales.

La CGT /CGTR alerte sur les risques que ces trajectoires font peser sur les emplois dans les OPCO. Les chiffres évoqués dans le rapport IGAS et repris par la presse parlent de centaines, voire de milliers de suppressions de postes à court terme. Cela n’a rien d’abstrait : chaque emploi supprimé serait une expertise, construite depuis des années, perdue. De plus, tout un pan du service
para public de la formation professionnelle, et surtout des femmes et des hommes, sont directement menacés.

La CGT /CGTR défend sans ambiguïté l’ensemble des salarié·es des OPCO et refuse toute mise en concurrence des structures.
En parallèle, la CGT /CGTR porte une exigence claire et constante : celle de la transparence absolue sur l’utilisation des fonds en particulier, sur les rémunérations des plus hauts dirigeants des OPCO.

Certains OPCO ont maintenu – voire augmenté – des enveloppes de rémunération pour leurs directions générales, parfois sans justification, sans réelle évaluation et sans cohérence avec les contraintes imposées par l’État. L’encadrement de ces rémunérations doit être posé. Les efforts, s’ils devaient y en avoir, devraient être portés par toutes et tous.

Nous continuerons à exiger des pratiques exemplaires, un cadre strict, et une gouvernance paritaire réellement responsable.

Face à ces attaques, la CGT /CGTR appelle à une position commune dans les CA des OPCO.

Nous défendons la proximité avec les entreprises, les expertises métiers propres aux branches, et l’ensemble du travail de conception et d’accompagnement qui permet de construire des formations qualifiantes, cohérentes et utiles aux salarié·es.
Nous demandons l’ouverture immédiate d’un dialogue réel, l’abandon de la trajectoire imposée et l’arrêt des décisions unilatérales gouvernementales. On ne peut pas demander aux OPCO de faire toujours plus avec toujours moins.

Une trajectoire soutenable doit être définie pour accompagner les branches et leurs entreprises, les salarié·es et les organisations syndicales, pas contre elles.

Enfin, la formation professionnelle est un investissement, pas une dépense d’ajustement. Les moyens doivent être à la hauteur des ambitions et les entreprises doivent assumer leur responsabilité. La CGT /CGTR continuera donc à revendiquer une contribution à 1,6 % de la masse salariale, seule garantie d’un système durable et utile aux salarié·es et aux entreprises.

La CGT /CGTR s’inquiète également de la situation et l’impact a la réunion.

La CGT /CGTR restera, dans chaque OPCO, la boussole qui défend les droits, les qualifications, les métiers, les salarié·es et l’intérêt général. »