La nouvelle est tombée ce lundi 26 janvier et elle passe mal à La Réunion. Dans les projections budgétaires présentées par le ministère de l’Éducation nationale pour la rentrée scolaire 2026, notre académie figure bien parmi celles qui devraient perdre des postes d’enseignants.

Selon les documents communiqués aux représentants du personnel, 86 suppressions de postes seraient prévues sur l’île. Dans le détail, 25 postes seraient retirés dans le premier degré, dans les écoles, et 65 dans le second degré, collèges et lycées confondus.

Des chiffres qui inquiètent sur le terrain

Sur le papier, ces suppressions s’inscrivent dans un cadre national plus large : près de 4 000 postes d’enseignants supprimés en France à la rentrée prochaine. Mais à La Réunion, ces annonces soulèvent de nombreuses interrogations.

Dans plusieurs établissements, les difficultés sont déjà bien connues : classes surchargées, manque de remplaçants, personnels épuisés. Pour beaucoup, ces nouvelles coupes budgétaires risquent d’aggraver une situation déjà fragile.

La démographie en argument… mais à quel prix ?

Interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation nationale a justifié ces choix par une baisse du nombre d’élèves, évoquant une chute démographique « vertigineuse ». Il assure que ces suppressions seraient limitées à ce volume et qu’il n’y en aurait pas davantage.

Un argument qui peine toutefois à convaincre sur l’île, où les réalités locales ne se résument pas à des tableaux Excel. Moins d’enseignants, c’est aussi moins de possibilités d’accompagnement pour les élèves, notamment dans les zones les plus en difficulté.

À La Réunion, ces annonces pourraient rapidement provoquer des réactions. Parents d’élèves, enseignants et syndicats redoutent déjà une dégradation des conditions d’apprentissage à la rentrée prochaine.

La loi de finances n’a pas encore été adoptée définitivement, et les chiffres restent prévisionnels. Mais pour beaucoup, le signal envoyé est mauvais.

Une chose est sûre :

le dossier est loin d’être clos, et il pourrait bien s’inviter rapidement dans le débat public réunionnais.

Réactions

Alexis Chaussalet Et la liste « Nout’ Voix, Nou’t l’Avenir ». « Suppression de 86 postes d’enseignants : la liste Nout’ Voix, Nout’ l’Avenir s’indigne face à une politique irresponsable et impardonnable.

C’est un sentiment de consternation que la liste nout voix nout l’avenir a ressenti à l’annonce de la suppression des 86 postes d’enseignants dans le premier et second degré pour l’année 2026.

Force est de constater que les réalités péï ne sont toujours pas comprises et ressentie là où les décisions sont
prises : Paris.
Quand les politiques publiques hexagonales suppriment 86 postes ici, c’est presque 4 l’amontrér en mwin po 1 komune !

Pour le Tampon avec plus de 80 000 habitants, les répercussions sont considérables pour l’avenir de sa jeunesse.

Au regard des chiffres de l’Insee de 2025, à La Réunion, 3 habitants sur 10 ont moins de 20 ans.

Par ailleurs, La Réunion est le troisième département le plus jeune de France.

Enfin, nous sommes également sur le triste podium des départements les plus pauvres de France.

Les politiques publiques, ne devraient-elles pas de fait, prendre en considération ces données et augmenter par la même les dotations en personnel de l’Éducation Nationale pour l’académie de La Réunion ?

Nout marmay, l’a pwin po foir zot vi plis dovan, zordi done a zot kapacité ek band gayar l’amontrér réyoné en plis pa en mwin ! »

 

« La FSU reste mobilisée : san plis de moyens, l’école i perde, bann élèves i souffre ! »

La FSU dénonce ces suppressions de postes inacceptables à La Réunion : perdre autant de postes dans le premier et le second degré, c’est faire le choix de classes plus chargées et d’une dégradation des conditions d’apprentissage, alors même que l’académie a besoin de moyens renforcés pour lutter contre les inégalités scolaires. La Réunion a déjà un taux de décrochage scolaire supérieur à la moyenne nationale et supprimer des postes pourrait empirer la situation. Quid de l’éducation prioritaire
sensés réduire les inégalités sociales et scolaire dans les établissements classés rep et rep + .

Ces suppressions pourraient se traduire par :

1. Une augmentation des effectifs par classe dans les écoles, collèges et lycées, limitant le suivi individualisé des élèves ;
2. Une réduction des dispositifs d’aide et d’accompagnement (remplacements, soutien…) pourtant essentiels dans une académie marquée par de fortes inégalités sociales ;
3. Une injustice pour les élèves car ces suppressions ne tiennent pas compte de leurs besoins réels.
4. Une dégradation des conditions de travail des personnels, avec des services alourdis et une moindre capacité à assurer la continuité pédagogique ;
5. Des difficultés accrues pour accueillir les élèves à besoins éducatifs particuliers, faute de personnels en nombre suffisant.

L’heure est à la mobilisation pour l’avenir de nos élèves et de nos métiers. »

Pour La Réunion (PLR) : « Cette annonce est inacceptable »

« Non à la suppression de 90 postes d’enseignants à La Réunion, dont 25 dans les écoles primaires et 65 dans les collèges et lycées

Le PLR dénonce avec la plus grande fermeté la décision de supprimer 90 postes d’enseignants à La Réunion, dont 25 dans les écoles primaires et 65 dans les collèges et lycées.

Cette annonce est inacceptable. Elle intervient alors que notre territoire est marqué par de fortes inégalités sociales, un taux de pauvreté élevé, des classes surchargées et des besoins éducatifs spécifiques. Supprimer des postes ici, c’est aggraver les fractures existantes et condamner des milliers d’élèves à des conditions d’apprentissage dégradées.

Alors que La Réunion est l’un des territoires les plus jeunes de France, ce choix budgétaire traduit un mépris profond pour notre jeunesse et pour celles et ceux qui la forment.

Or les chiffres révèlent une réalité éducative préoccupante. Notre académie enregistre un taux de réussite au baccalauréat de l’ordre de 89,9 % en 2025, soit inférieur d’environ 1,9 point à la moyenne nationale (≈ 91,8 %). Par ailleurs, le taux de réussite au Diplôme National du Brevet est d’environ 83 – 86 %, ce qui reste fragile face aux enjeux scolaires locaux.

Ces résultats se déroulent dans un contexte socio-économique difficile : près de 4 Réunionnais sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté, un niveau plus du double de la France hexagonale, et plus de la moitié des élèves sont scolarisés en réseaux d’éducation prioritaire (REP/REP+), où les défis d’apprentissage sont accrus. Ces données confirment que la réussite scolaire à La Réunion est encore pénalisée par des conditions sociales défavorables et des moyens éducatifs insuffisants.

Le décrochage scolaire et l’absence de qualification des jeunes à La Réunion constituent un défi majeur pour notre société. Selon une étude de l’Insee, 3 100 jeunes sont déscolarisés avant 18 ans, et 14 800 jeunes de 18 à 20 ans ont quitté le
système scolaire tôt, souvent sans diplôme, dans un contexte où seuls 70 % poursuivent des études à 18 ans, contre 83 % en France hexagonale. Parmi ces jeunes sortis précocement, trois quarts sont sans emploi, traduisant de graves  difficultés d’insertion professionnelle après la sortie de l’école. De manière plus large, plus d’un jeune Réunionnais sur quatre (≈ 25 %) âgé de 20 à 24 ans est sorti du système scolaire sans qualification, soit un taux nettement plus élevé qu’en France hexagonale. Cette accumulation de sorties précoces sans diplôme alimente  un phénomène social préoccupant : près d’un quart des jeunes de 15 à 29 ans sont ni en emploi, ni en formation, ni en études (NEET), et 40 % des NEET n’ont aucun diplôme qualifiant, réduisant fortement leurs chances de trouver un emploi stable et de devenir autonomes. L’illettrisme reste massivement présent à La Réunion, renforçant les inégalités éducatives et sociales. Selon les données de l’Insee, 12 % des Réunionnais âgés de 18 à 64 ans sont en situation d’illettrisme — soit trois fois plus qu’en France hexagonale (≈ 4 %), ce qui signifie des difficultés fortes en lecture, écriture et compréhension de textes simples. L’éducation ne peut pas être la variable d’ajustement des politiques d’austérité. Le PLR exige :

• le maintien intégral des 90 postes d’enseignants menacés,
• une dotation éducative adaptée aux réalités démographiques et sociales de La Réunion,
• un plan ambitieux de renforcement du service public d’éducation dans l’île.

Investir dans l’école, c’est investir dans l’avenir de La Réunion.

Nous appelons les personnels éducatifs, les parents d’élèves et l’ensemble de la population à se mobiliser pour défendre une école publique, égalitaire et émancipatrice.

La jeunesse réunionnaise mérite plus que des coupes budgétaires. Elle mérite des moyens, du respect et de l’avenir. »

La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques (EFRP) : « un signal contradictoire et négatif »

La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques (EFRP) Réunion exprime sa vive inquiétude à la suite de l’annonce de la suppression de 90 postes d’enseignants dans l’académie de La Réunion, dont 25 dans le premier degré et 65 dans le second degré.
Cette décision intervient après une succession de choix ministériels contestés : casse du collège par les groupes de besoins, errances autour des concours L3, et annonces chocs sur l’état de l’École. Elle envoie un signal contradictoire et négatif, totalement déconnecté des réalités vécues par les personnels et les élèves sur notre territoire.
À La Réunion, les difficultés sont pourtant clairement identifiées et persistantes : crise du remplacement, classes surchargées, notamment dans les écoles et les Établissements Publics Locaux d’Enseignement (EPLE) hors éducation prioritaire, et dégradation continue des conditions de travail.
La CFDT EFRP Réunion dénonce une approche strictement comptable qui établit un lien mécanique entre baisse démographique et baisse des moyens, sans tenir compte des besoins réels du territoire, marqué par de fortes inégalités sociales et scolaires.
Dans les faits, ce seront encore une fois les services académiques, les corps d’inspection, les cheffes et chefs d’EPLE, ainsi que les équipes pédagogiques qui devront limiter la casse pour que le système continue tant bien que mal de fonctionner. Les personnels seront, une fois de plus, mis sous pression.
La CFDT EFRP Réunion exige des moyens conséquents et pérennes pour les écoles et les EPLE, une refonte urgente de la carte scolaire, et une politique éducative équitable garantissant des moyens pour tous les établissements, partout sur le territoire.
Enfin, l’annonce d’un soutien ciblé à 800 collèges relève avant tout de l’effet d’annonce. L’École publique a besoin d’une politique ambitieuse et cohérente, au service de tous les élèves et de tous les personnels.

Philippe Naillet, député de la Réunion : « une menace réelle pour l’avenir de nos jeunes »

« J’exprime ma vive inquiétude face à l’annonce de la suppression de 90 postes d’enseignants à La Réunion dans le cadre du budget 2026 (25 dans le primaire et 65 dans le secondaire). Cette décision gouvernementale, prise dans un contexte marqué par un taux de décrochage scolaire deux fois plus élevé que dans l’hexagone et des difficultés d’insertion professionnelle croissantes pour les jeunes, aggrave une situation déjà critique. Elle illustre malheureusement les conséquences néfastes de ce budget issu d’un passage en force par 49.3.

À La Réunion, près de 3 100 jeunes quittent chaque année le système scolaire avant leurs 18 ans, et 29 % des 15-29 ans sortis du système éducatif n’ont aucun diplôme qualifiant. Ces chiffres, deux fois plus élevés que dans le reste du pays, illustrent l’urgence de renforcer l’accompagnement éducatif à rebours des suppressions de postes déconnectées des réalités locales. De telles coupes dans les effectifs risquent ainsi d’accentuer ces inégalités et de fragiliser davantage les parcours scolaires des élèves Réunionnais.

Les jeunes déscolarisés précocement à La Réunion rencontrent des difficultés majeures pour accéder à l’emploi : près de 47 % des 15-29 ans sont aujourd’hui sans emploi, et les trois quarts des jeunes ayant quitté le système scolaire tôt n’ont pas de travail. La suppression de postes d’enseignants, en réduisant les moyens alloués à l’éducation, ne fera qu’aggraver cette situation, compromettant l’avenir de milliers de jeunes Réunionnais.

J’appelle le gouvernement et le ministre de l’Éducation à reconsidérer cette décision et à maintenir les effectifs enseignants à La Réunion. Il faut préserver un nombre conséquent d’enseignants et donner aux équipes pédagogiques les moyens nécessaires pour le maintien d’une école républicaine ambitieuse et inclusive garantissant à chaque jeune les conditions de sa réussite ».

Ericka Bareigts : “On ne sacrifie ni l’école, ni la jeunesse de La Réunion”

« Nous dénonçons avec la plus grande fermeté la suppression annoncée de 90 postes d’enseignants à La Réunion, dont 25 dans le premier degré et 65 dans le second degré, pour la rentrée scolaire 2026.

La Réunion n’est pas la France hexagonale. Les décisions prises aujourd’hui le sont à distance, sans tenir compte des réalités sociales et éducatives que nous affrontons ici : un taux de chômage élevé, une part importante de la population vivant sous le seuil de pauvreté et des inégalités scolaires très fortes. Appliquer mécaniquement des critères nationaux à notre territoire est une profonde erreur.

À Saint-Denis, nous faisons face chaque jour à une école déjà sous tension : des classes trop chargées, des enseignants absents non remplacés, des équipes éducatives fragilisées.

Supprimer des postes, c’est faire le choix d’une dégradation assumée du service public d’éducation.

L’école doit pouvoir accueillir correctement tous les enfants, sans exception. Une école inclusive ne peut pas reposer sur des discours. Elle exige des enseignants en nombre suffisant, des classes aux effectifs maîtrisés, des AESH présents lorsque les droits sont reconnus et une capacité réelle à assurer les remplacements. Sans ces moyens, ce sont les élèves qui décrochent et les équipes qui s’épuisent.

À Saint-Denis, l’éducation est une priorité. À travers le projet École du bonheur, la Ville agit concrètement pour le bien-être des élèves et le soutien aux équipes éducatives. Mais une commune ne peut pas, et ne doit pas, compenser en permanence les défaillances et le désengagement de l’État.

Derrière ces choix budgétaires, il y a une réalité : des enfants moins accompagnés, des parcours scolaires fragilisés, des jeunes que l’on laisse glisser hors du système. Ce sont des vies que l’on complique et des avenirs que l’on n’aide plus à construire.

Nous le disons clairement : on ne sacrifie pas l’école, on ne sacrifie pas notre jeunesse.

Supprimer des postes d’enseignants à La Réunion, c’est tourner le dos à nos réalités et prendre une lourde responsabilité sur l’avenir de nos enfants. Nous demandons donc à l’État de revenir immédiatement sur cette décision. »

Jean Hugues Ratenon, député de La Réunion : « une décision incompréhensible et dangereuse »

« Le ministère de l’Éducation nationale prévoit, pour la rentrée 2026, la suppression de 90 postes d’enseignants à La Réunion : 25 dans le premier degré et 65 dans les collèges et lycées. Cette annonce suscite une vive inquiétude sur l’île, où les difficultés sont déjà bien connues : classes surchargées, manque de remplaçants, personnels à bout.

Ces annonces passent très mal à La Réunion, et pour cause. Elles interviennent dans un contexte où les difficultés du système éducatif sont déjà criantes. Supprimer des postes, c’est faire le choix d’aggraver une situation déjà fragile.

Le gouvernement justifie ces décisions par une baisse du nombre d’élèves, évoquant une chute démographique soi-disant « vertigineuse ». Cet argument purement comptable ne tient pas compte des réalités sociales et territoriales de La Réunion, ni des besoins spécifiques de nombreux établissements, en particulier dans les zones les plus en difficulté.

À La Réunion, moins d’enseignants signifie moins d’accompagnement pour les élèves, moins de suivi individualisé, moins de moyens pour lutter contre l’échec scolaire. C’est une vision technocratique de l’Éducation nationale qui est une nouvelle fois imposée à notre territoire, sans concertation réelle avec les acteurs locaux.

L’éducation est un investissement pour l’avenir, pas une dépense à réduire.

Je tiens à exprimer d’ores et déjà mon entier soutien aux enseignants, aux personnels éducatifs, aux parents d’élèves et aux syndicats, qui redoutent à juste titre une dégradation des conditions d’apprentissage à la rentrée prochaine. J’interpellerai de nouveau le gouvernement afin que ces suppressions de postes soient annulées et que des moyens supplémentaires soient alloués à l’Éducation à La Réunion.

L’État a une responsabilité : garantir à chaque enfant de la République, où qu’il vive, les mêmes chances de réussite. À La Réunion, cela passe par plus d’enseignants, pas moins. »‘