À la Réunion, on a du talent, du soleil, et apparemment… des algorithmes qui ont un peu trop forcé sur le rhum charrette. Le Département vient de lancer sa nouvelle arme fatale contre les dépendances : « Les Sentinelles de la Liberté », un webtoon censé aider les jeunes à dire « STOP » aux addictions. L’intention est noble, mais le résultat visuel, lui, rendrait presque accro au collyre.

Staark, auteur de manga péi, est monté au créneau pour dénoncer un travail « ni à faire, ni à refaire« . Nous avons contacté le Département pour obtenir leur version des faits.

Un « Manga » qui change de tête à chaque case

Pour Staark, le problème n’est pas l’outil, mais la méthode. « L’IA, utilisée intelligemment comme dans les hommages pour les 40 ans de Dragon Ball, ça peut faire le taf. Mais là, c’est du 100 % brut, sans correction », déplore-t-il.

Résultat ? Les « Sentinelles » changent de visage entre deux vignettes, les décors tanguent, et les anatomies défient les lois de la physique réunionnaise. Difficile de prendre au sérieux un message de prévention quand le héros semble avoir subi une mutation génétique entre deux cases.

Le comble ? L’utilisation d’un style « Ghibli » via un outil qui a déjà fait scandale mondialement. Utiliser le style de Miyazaki pour parler de santé publique alors que le maître lui-même déteste ce procédé, c’est ce qu’on appelle un sacré manque de culture web.

La réponse du Département : « C’est expérimental ! »

Face à ce coup de gueule, nous avons sollicité le Département. La réponse ?  C’est un projet « expérimental » qui explore l’IA comme « support complémentaire de réflexion et d’innovation ». Ils assurent rester « pleinement engagés » pour les artistes locaux et précisent avoir travaillé avec une agence de communication locale.

Un argument qui fait doucement rire dans le milieu : « L’agence a peut-être son siège à Saint-Denis, mais les dessins, eux, sortent d’un serveur californien », s’agacent les créateurs.

Le calcul est simple : une agence encaisse un budget (parfois jusqu’à 30 000 €, budget de cette campagne globale), remplace des mois de travail d’un illustrateur par trois « prompts » sur un logiciel à 200 € par an, et empoche la différence.

 

« Le calcul foireux »

Derrière l’humour, le constat de Staark est amer. Le statut d’auteur est précaire, et voir l’argent public financer des algorithmes plutôt que des talents locaux comme Issa Boun ou Isia Augustine passe mal.

« À la Réunion, on a des milliers de dessinateurs de talent. Des types comme Issa Boun ou Isia Augustine auraient pu sortir un produit de qualité mondiale. À la place, on a un truc bancal. »

 Innover, oui, mais pas n’importe comment

Le message de Staark aux décideurs est simple : Consultez les pros ! Vouloir « expérimenter » est une chose, mais le faire au détriment de l’éthique artistique et de la qualité visuelle en est une autre. Un message de prévention passe toujours mieux quand le héros n’a pas une jambe qui lui pousse dans le dos à la page 4.

Le Département affirme rester « pleinement engagé » pour les créateurs locaux. On attend donc avec impatience la prochaine campagne… dessinée par une main humaine, cette fois ?