Cette fois, ce n’est plus une garde à vue. Ce n’est plus une enquête préliminaire. Ce n’est plus une rumeur de perquisition. C’est une condamnation qui a été requise par le ministère public : 3 ans dont 1 ferme.

Le tribunal correctionnel de Saint-Denis a récemment via les réquisitions de la Procureure de la République,  tranché dans le dossier dit “Caillé/ Vital”, mettant un point, au moins provisoire, à plusieurs années d’enquête autour de soupçons de corruption, d’irrégularités dans des marchés publics et de flux financiers contestés. Il faudra attendre maintenant le verdict qui a été mis en délibéré.

Pour François Caillé, ancien PDG du groupe éponyme, la décision se traduit par une peine mêlant prison, amende et interdiction temporaire de gérer. Une décision qui fait tache sur une carte de visite longtemps impeccable.

Mais pour comprendre ce verdict, il faut regarder dans le rétroviseur.

2026 : le temps du jugement

Pendant trois jours, l’audience a disséqué factures, conventions, échanges et marchés publics. Aux côtés de David Vital, considéré par le parquet comme une pièce centrale du dossier, François Caillé comparaissait pour des faits examinés sous les qualifications de corruption, faux et usage de faux, atteinte à la liberté d’accès aux marchés publics, blanchiment et abus de biens sociaux.

Le ministère public avait requis trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme, 200 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction de gérer.

Le tribunal a suivi une ligne sévère. L’homme qui fut l’un des patrons les plus influents de l’île quitte le palais de justice avec un statut nouveau : celui de dirigeant condamné.

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2024 : perquisitions et parfum de déjà-vu

Deux ans plus tôt, en septembre 2024, l’affaire éclate publiquement. Perquisitions au siège du groupe. Placement en garde à vue. Ouverture d’une enquête pour favoritisme, trafic d’influence, corruption et blanchiment. La presse locale ressort alors les archives. Le nom de François Caillé ne surgit pas de nulle part. Ce n’est pas la première fois qu’il apparaît dans un dossier à dimension politico-économique.

2010 : l’empire vacille

Avant le pénal, il y a eu l’économique. En 2010, le groupe Caillé, troisième entreprise de La Réunion à l’époque, est placé en procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce. Un passif de 260 millions d’euros. Des dizaines de filiales cédées. Une restructuration profonde. Le plan sera finalement intégralement remboursé en 2022, grâce à un montage mêlant financements bancaires, fonds d’investissement et apports internes. Officiellement, l’empire est stabilisé. Mais la justice, elle, n’a pas encore refermé ses dossiers.

1996 : l’“affaire des notables”

Retour presque trente ans en arrière. La Réunion découvre ce que l’on appellera l’“affaire des notables”, vaste procès autour de soupçons de corruption liés à l’urbanisme commercial et à l’attribution de marchés publics. François Caillé est mis en cause dans ce dossier, accusé d’avoir accordé des avantages financiers à des membres de la Commission départementale d’urbanisme commercial afin d’obtenir des autorisations d’implantation de grandes surfaces. Il conteste les faits. L’ordonnance de renvoi retient néanmoins des charges suffisantes pour le placer au cœur du procès. Aucune condamnation pénale définitive clairement établie à son encontre ne ressortira de cet épisode. Mais l’image du patron conquérant en sort fragilisé.